Blog en…

27 mai, 2008 at 10:15 Laisser un commentaire

Un été pour mémoire, de Philippe Delerm

« Je me souviens de la fraîcheur dansant le long des canicules: le coton un peu rêche de la robe de maman, rose pâle aquarelle; et d’aquarelle mauve et bleue grand-mère en tablier. Fraîcheur, le verre d’eau sucrée à la fleur d’oranger, fraîcheur le livre blanc glacé, sur le banc le chapeau de paille. »

A l’occasion malheureuse de la mort de sa grand-mère, Stéphane revient sur les terres de son enfance, de ses vacances passées le long de la Garonne, du parfum de la fleur d’oranger, des bâtonnets citron à trente-cinq centimes, « des rêves croisés de filles et Tour de France »…

Il passera là, dans cette maison pleine de souvenirs, son dernier été, mélancolique, avant de repartir dans le tumulte parisien.

S’agit-il vraiment des souvenirs de Stéphane? Le prénom, lorsqu’il apparaît enfin, au bout de presque cent pages, surprend. On aurait juré qu’il s’agissait là de la mémoire de l’écrivain (écrivain, c’est d’ailleurs la profession de son personnage!), tant il décrit merveilleusement les couleurs, les paysages du midi, les parfums, la lumière, les anecdotes de l’enfance, la grand-mère en tablier et le sentiment de nostalgie..

Rafraîchissant et délicat.

Cependant, si vous aimez les romans à intrigue et dénouement, passez votre chemin. Ce roman est une courte tranche de vie.

Disponible en poche chez Folio, 4.80€.

Lettre D du Challenge ABC.

17 avril, 2008 at 9:54 Laisser un commentaire

Le meilleur des mondes, d’Aldous Huxley

aldous-huxley-le-meilleur-des-mondes.jpg

Que serait-ce, pour vous, que le meilleur des mondes?

Un monde dans lequel chacun serait heureux, dans lequel l’angoisse, le besoin, l’ennui, la douleur n’existeraient plus? Ça fait rêver, n’est-ce pas?

Détrompez-vous. Aldous Huxley a pensé ce monde pour vous, et il fait plutôt frémir

Dans un futur pas si lointain, semble-t-il, la civilisation Fordienne a remplacé la nôtre. Chacun y est heureux, conditionné dès la naissance pour ne connaître que le bonheur. Peut-être ne devrais-je pas parler de « naissance », puisque les bébés ne naissent plus du ventre de leur mère, mais sont créés dans des bocaux. Le terme même de « mère » est devenu ridicule et tabou.

Dans une grande usine, on crée des individus à la chaîne. Des individus Alphas, Bêtas, Gammas, Epsilons, selon la dose d’intelligence, de force, de beauté qu’on veut bien leur donner, en fonction des futures tâches qu’ils sont destinés à accomplir dans la société, pour la société. On conditionne les enfants grâce à l’hypnopédie, « la plus grande force moralisatrice et socialisatrice de tous les temps », messages judicieusement choisis en fonction de la caste, qu’on assène aux enfants dans leur sommeil, afin qu’ils ne puissent penser autrement.

« Une infirmière se leva comme ils entraient, et se mit au garde à vous devant le Directeur.

-Quelle est la leçon, cet après-midi? demanda-t-il.
– Nous avons fait du Sexe Élémentaire pendant les quarante premières minutes, répondit-elle. Mais maintenant, on a réglé l’appareil sur le cours élémentaire des Sentiment des Classes Sociales.
Le Directeur parcourut lentement la longue file des petits lits. Roses et détendus par le sommeil, quatre-vingts petits garçon et petites filles étaient étendus, respirant doucement. Il sortait un chuchotement de sous chaque oreiller. Le D.I.C. s’arrêta et, se penchant sur l’un des petits lits, écouta attentivement. […]
« … sont tous vêtus de vert. » dit une voix douce mais fort distincte commençant au milieu d’une phrase, « et les enfants Deltas sont vêtus de kaki. Oh, non, je ne veux pas jouer avec des enfants Deltas. Et les Epsilons sont encore pires. Ils sont trop bêtes pour savoir lire ou écrire. Et puis, ils sont vêtus de noir, ce qui est une couleur ignoble. Comme je suis content d’être un Bêta. »
Il y eu une pause; puis la voix repris :
« Les enfants Alphas sont vêtus de gris. Ils travaillent beaucoup plus durs que nous, parce qu’ils sont formidablement intelligents. Vraiment, je suis joliment content d’être un Bêta, parce que je ne travaille pas si dur. Et puis, nous sommes bien supérieurs aux Gammas et aux Deltas. Les Gammas sont bêtes. Ils sont tous vêtus de vert, et les enfants Deltas sont vêtus de kaki. Oh, non, je ne veux pas jouer avec des enfants Deltas. Et les Epsilons sont encore pires. Ils sont trop bêtes pour savoir … »
Le Directeur remit l’interrupteur dans sa position primitive. La voix se tut. Ce ne fut plus que son grêle fantôme qui continua à marmotter de sous les quatre-vingts oreillers.
– Ils entendront cela répété encore quarante ou cinquante fois avant de se réveiller; puis, de nouveau , jeudi; et samedi, de même. Cent vint fois, trois fois par semaine, pendant trente mois. Après quoi, ils passeront à une leçon plus avancée. »

Méthode magique, efficace, qui permet à chacun d’être heureux.

Une fois adultes, les Gammas et les Epsilons sont destinés aux travaux les plus simples et répétitifs, et savourent le fait de ne pas avoir à effectuer des tâches trop complexes, dans lesquelles il faudrait se fatiguer à réfléchir. Ils sont créés par dizaine, par centaine, clones immanquablement semblables tant par leur physique que leur attitude. Tout en haut de l’échelle, les Alphas les regardent avec un certain mépris, eux qui jouissent de la beauté, de l’unicité et de l’intelligence. Chacun est ainsi satisfait de sa condition, l’envie ou la jalousie sont des sentiments inconnus. Le plaisir et le bonheur sont les règles de la société fordienne. Chaque individu peut – doit- s’adonner à mille loisirs. Ils occupent l’esprit et font consommer. La maladie et la vieillesse n’existent pas, chacun peut donc jouir de la civilisation en pleine santé.

L’amour n’existe plus. Dès l’enfance, les individus apprennent les plaisirs sexuels, lesquels doivent se pratiquer régulièrement mais surtout, de manière non exclusive. Garder le même partenaire est ridicule, voire même, jugé très sévèrement, car dangereux pour la stabilité de la civilisation. L’amour est un sentiment fort, de même que la colère ou l’orgueil: il sont donc par conséquent nuisibles.

Une amorce de sentiment négatif? Prenez-donc un gramme ou deux de soma, et ça ira mieux. Il vous donnera l’ivresse légère de l’alcool, sans la gueule de bois du lendemain. Deux comprimés, et vous voilà sur votre nuage..

Drôle de monde, hein?

Bien sûr, comme dans tout roman d’anticipation, il y a soit le réfractaire à la société imposée, soit le sauvage qui n’a pas connu la civilisation. Dans celui-ci, nous découvrons le Sauvage, qui posera un regard plus qu’étonné sur ces individus étranges.

Le meilleur des mondes est reconnu pour être l’un des plus grands chefs-d’ oeuvre de l’anticipation. Je connais peu le genre, mais j’apprécie (j’avais dévoré Fahrenheit 451 de Bradbury).

Ici, j’ai découvert avec intérêt toutes les facettes du monde imaginé par Aldous Huxley. Néanmoins, je n’ai pas été réellement prise par l’histoire, et trainé un peu à terminer le livre, trouvant la lecture parfois fastidieuse, et certains passages redondants. Je sais, les puristes vont hurler, mais que voulez-vous, on n’explique pas les raisons qui nous font accrocher – ou non – à un roman.

Disponible en poche chez Pocket.

challengeabc.gif Lettre H de mon challenge ABC.

 

3 avril, 2008 at 4:58 5 commentaires

Brève #7: Pas de tome 4 pour Millenium

Il n’y aura pas de suite à la trilogie de Stieg Larsson, Millenium.

Vous me direz, c’était à prévoir, puisque l’auteur est malheureusement décédé peu de temps avant la sortie du 1er tome, en 2004, avant donc de connaître un succès stieg-larsson.jpggrandissant grâce au bouche à oreilles.

Et pourtant, il y aurait pu avoir un 4ème opus, puisqu’un manuscrit de 200 pages a été découvert il y a peu. Mais ses héritiers ont pris cette semaine la décision ne pas le publier. «Ce ne serait pas juste, estime Joakim Larsson. Que dirait-on de quelqu’un qui prendrait la liberté de terminer un tableau inachevé de Picasso? »

Si les lecteurs vont sans doute être déçus, on imagine bien la déception des éditeurs !

Source : Le figaro des livres .

25 mars, 2008 at 6:32 3 commentaires

La petite robe de Paul, de Philippe Grimbert

philippe-grimbert-la-petite-robe-de-paul.jpg

Paul et Irène forment un couple heureux, de ceux qui, au fil des années, ont tissé entre eux une complicité et une tendresse indéfectible, de ceux qui se connaissent par cœur et pour lesquels les mots ne sont plus utiles pour se comprendre.

Ils mènent une vie sereine et paisible, ponctuée de temps en temps par les visites de leur fille unique, déjà grande.

Un jour, Paul, en colloque dans un quartier de sa ville qu’il ne connaissait pas jusqu’alors, en profite pour se balader et découvrir ces nouvelles rues. Son regard va se poser sur la devanture d’une petite boutique de vêtement pour enfants. « Une seule robe, accrochée à un cintre au centre de la vitrine sur un fond de papier vert d’eau. Une robe d’enfant, parfaitement blanche, taillée comme une chasuble, avec trois roses à l’empiècement, semblables à celles qui émergeaient d’un pot. »

Troublé, Paul reviendra chaque jour, irrésistiblement attiré par cette petite robe. « Paul se surprit à plusieurs reprises, durant les enseignements du matin, à laisser sa pensée s’envoler à la rencontre du vêtement, sagement suspendu au centre géométrique de la vitrine. Comme ces visiteurs de musée qui se donnent rendez-vous chaque jour avec une œuvre et en viennent à imaginer leur tableau ou leur statue de prédilection guettant leur venue, il anticipait avec une certaine impatience l’heure de la pause pour aller retrouver l’objet de son émotion. »

Le dernier jour du colloque, Paul réalise qu’il s’agit là de sa dernière rencontre avec la petite robe. Saisi par une inexplicable tristesse, il ne peut se résoudre à la quitter, et franchit pour la première fois le seuil de la boutique. « On lui demanda dans quelle taille il la souhaitait et cette question qui aurait dû suffire à lui faire abandonner son projet, loin de le prendre au dépourvu, ne le fit pas hésiter: il répondit qu’il désirait du six ans ».

Cet achat, que Paul considère au départ comme quasi anodin, va pourtant bouleverser sa paisible vie. De retour à son domicile, ce geste, soudain vécu par lui comme honteux, car inexplicable, il ne pourra le dévoiler à son épouse, et préfèrera cacher le petit objet.

Au fil du roman, nous suivrons les errances de Paul, cherchant des raisons à son geste, mais également celles d’Irène (tout autant douloureuses), ayant par hasard découvert le secret de son mari, et s’imaginant alors les pires motifs de la présence d’une petite robe d’enfant, soigneusement cachée entre deux costumes sombres.

Alors, bien sûr, on a envie de comprendre les racines de l’étrange intérêt de Paul pour un simple vêtement d’enfant. Mais c’est sans impatience, tant on se laisser bercer par les mots si bien choisis de Philippe Grimbert, qui dévoile déjà des talents de conteur plus tard confirmés dans son plus célèbre roman Un secret. Grimbert est psychanalyste de profession, et cela explique sans doute pourquoi il parvient si bien à raconter les tourments intérieurs de ses personnages.

Ce petit livre de 160 pages à peine est une réussite, dont il serait dommage de se priver.

J’ai aimé l’avis d’Aimez -vous lire?. Lilly et Tamaculture ont aussi apprécié.

Grasset, 2001.

Dispo en poche chez LGF, 4.50€.

challengeabc.gif 3è roman de mon challenge ABC, qui s’annonce décidément sous les meilleures augures.

27 février, 2008 at 11:19 11 commentaires

La souris bleue, de Kate Atkinson

kate-atkinson-la-souris-bleue.jpg

 

   » Un détective privé enquête à Cambridge sur des affaires criminelles qui n’ont jamais été éclaircies. Il doit remonter à des évènements souvent très lointains pour suivre les traces de la mystérieuse « Souris Bleue ». Les intrigues se déroulent dans des milieux sociaux très divers, allant de la classe ouvrière à la gentry. Les drames les plus poignants alternent avec les épisodes les plus désopilants, dans lesquels on retrouve le regard caustique de Kate Atkinson sur notre monde moderne… »

 

Cette quatrième de couverture de l’édition de poche résume à mon avis assez bien ce roman d’Atkinson.

 

Trois principales histoires s’y croisent:

En été 1970, Amélia, petite fille attachante, serrant toujours sa « Souris bleue » de ses petites menottes, disparaît mystérieusement alors qu’elle campe dans le jardin avec l’une de ses sœurs ainées.

En 1979, Michelle, jeune mère et jeune mariée, assassine sous le coup de la folie son mari en lui enfonçant une hâche dans le crâne.

En 1994, un inconnu muni d’un couteau fait irruption dans un bureau d’avocats et assassine la fille de l’un d’eux, Laura, venue travailler pour les vacances.

En 2004, leurs proches font appel à Jackson, détective. Le voici investi de trois importantes missions, lui plutôt habitué à gérer les affaires d’infidélité. Retrouver Amélia (ou sa dépouille?), l’enfant de Michelle et le meutrier de Laura, ce ne sera pas une mince affaire..

 

J’avais découvert cette auteure grâce à Dans les coulisses du musée.

Dans La souris bleue, j’ai retrouvé avec plaisir son style assez particulier. Atkinson aime les gros romans, fourmillant de personnages divers, mélangeant les cultures, les caractères, les milieux sociaux; elle aime passer d’une époque à une autre, tisser peu à peu des liens entre les hommes, les lieux et les temps. Et elle le fait avec un véritable humour, parsemé ici et là, très britannique, et avec ironie et acidité, parfois. Plus encore que l’intrigue policière, (j’aurais du mal à le classer parmi les thrillers) ce sont les personnages, l’ambiance, le ton de ce roman qui m’ont accrochés.

Un vrai régal.

challengeabc1.gif 2è roman lu pour le challenge ABC.. Suis déjà à la bourre!

Dispo en poche (LGF), 415 pages environ, 6.50€.

22 février, 2008 at 1:06 7 commentaires

Mygale, de Thierry Jonquet

thierry-jonquet-mygale.gif

Après Vargas, j’ai fait une petite entorse à ma poursuite du challenge ABC, en choisissant Mygale, roman qui me fut offert à Noël, après l’établissement de ma fameuse liste et qui n’y figurait donc pas.

S’il me fut offert, ce n’est pas par hasard, car j’avais – fortement – émis le souhait de découvrir Thierry Jonquet, après avoir parcouru sur la blogosphère de nombreux billets positifs, voire élogieux.

C’est donc avec un grand enthousiasme que je m’y suis plongée.

Dans ce polar, plusieurs tranches de vie se croisent :

Celles de Richard Lafargue, grand chirurgien plasticien, et de Eve, avec laquelle il semble entretenir une relation singulière, mêlée d’amour et de haine féroce, que l’auteur va lentement dévoiler.

Celle d’Alex Barny, petit loubard devenu criminel après que son plus gros coup ait mal tourné, et dont la vie consiste désormais à demeurer reclus et caché.

Celle, enfin, de Vincent Moreau, capturé un soir dans une forêt par un homme qui ne semble pas l’avoir choisi par hasard, et qui va lui faire subir les pires sévices, tant au corps qu’à l’âme..

Ces histoires ne semblent pas liées entre elles, mais, vous l’aurez deviné, elles ne nous sont pas racontées par hasard.

Je ne connais pas personnellement Thierry Jonquet mais, à la lecture de son roman, j’avoue que je serai impressionnée, pour ne pas dire terrifiée, de le rencontrer. Il faut tout le machiavéslime d’un esprit torturé pour imaginer une histoire pareille. Un goût pour l’horreur et le glauque, qui ne m’a pas déplu, bien au contraire. Je dois avoir en moi une part de curiosité morbide que j’ignorais. C’est surtout lorsque l’auteur narrait l’histoire de Vincent Moreau que je me délectais, car c’était alors son ravisseur qui parlait (qui LUI parlait). « Il y avait ce goût de terre moisie dans ta bouche, toute cette boue visqueuse sous toi, ce contact tiède et doux contre ton torse – ta chemise s’était déchirée – des odeurs de mousse, de bois pourri. Et puis l’étau de ses mains, autour de ton cou, sur ton visage, des doigts crispés qui te tenaient prisonnier, ce genou arc-bouté contre tes reins et sur lequel il pesait de tout son poids […] Il haletait, il reprenait son souffle. Toi, tu ne bougeais plus; attendre, simplement attendre. […] Qui était-il? Un fou? Un sadique draguant dans la forêt? Depuis de longues secondes, vous gisiez tous les deux, douloureusement enlacés dans la boue, guettant votre souffle dans la nuit. » J’ai trouvé cette façon de raconter le martyre du pauvre garçon captivante.

Néanmoins, j’ai été beaucoup moins intéressée par les histoires des autres personnages, et, je l’avoue, un peu gênée par l’écriture de Jonquet lorsqu’il contait la vie de Lafargue, Eve et Barny. Une sensation désagréable de mauvais polar américain, mal raconté, mal dit, entrecoupé de passages grandioses, empreints de psychologie, ceux sur Vincent Moreau. J’ai eu, tout au long de ma lecture, le ressenti d’un roman inégal, et j’ai toujours attendu avec impatience, voire une pointe d’irritation, les passages en italique, ceux qui me narraient le calvaire du prisonnier.

Troublant, malsain, violent. Une fois le livre refermé, je suis restée sur une sensation mitigée. Je gage de tenter prochainement une nouvelle expérience avec Thierry Jonquet, pour voir de quel côté de la balance je pencherai alors. Mais seulement lorsque j’aurai réussi mon challenge (1 livre lu en janvier, je sens que cela va être difficile🙂 )

Les avis positifs de Val, Nirvana et La Livrophile.

Mygale (1984) est disponible chez Folio Policier au prix de 5.30€, dans la nouvelle édition revisitée par l’auteur en 1995.

2 février, 2008 at 11:10 5 commentaires

Articles précédents


Une drôle d’artiste

Archives