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Le meilleur des mondes, d’Aldous Huxley

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Que serait-ce, pour vous, que le meilleur des mondes?

Un monde dans lequel chacun serait heureux, dans lequel l’angoisse, le besoin, l’ennui, la douleur n’existeraient plus? Ça fait rêver, n’est-ce pas?

Détrompez-vous. Aldous Huxley a pensé ce monde pour vous, et il fait plutôt frémir

Dans un futur pas si lointain, semble-t-il, la civilisation Fordienne a remplacé la nôtre. Chacun y est heureux, conditionné dès la naissance pour ne connaître que le bonheur. Peut-être ne devrais-je pas parler de “naissance”, puisque les bébés ne naissent plus du ventre de leur mère, mais sont créés dans des bocaux. Le terme même de “mère” est devenu ridicule et tabou.

Dans une grande usine, on crée des individus à la chaîne. Des individus Alphas, Bêtas, Gammas, Epsilons, selon la dose d’intelligence, de force, de beauté qu’on veut bien leur donner, en fonction des futures tâches qu’ils sont destinés à accomplir dans la société, pour la société. On conditionne les enfants grâce à l’hypnopédie, “la plus grande force moralisatrice et socialisatrice de tous les temps”, messages judicieusement choisis en fonction de la caste, qu’on assène aux enfants dans leur sommeil, afin qu’ils ne puissent penser autrement.

“Une infirmière se leva comme ils entraient, et se mit au garde à vous devant le Directeur.

-Quelle est la leçon, cet après-midi? demanda-t-il.
- Nous avons fait du Sexe Élémentaire pendant les quarante premières minutes, répondit-elle. Mais maintenant, on a réglé l’appareil sur le cours élémentaire des Sentiment des Classes Sociales.
Le Directeur parcourut lentement la longue file des petits lits. Roses et détendus par le sommeil, quatre-vingts petits garçon et petites filles étaient étendus, respirant doucement. Il sortait un chuchotement de sous chaque oreiller. Le D.I.C. s’arrêta et, se penchant sur l’un des petits lits, écouta attentivement. [...]
« … sont tous vêtus de vert. » dit une voix douce mais fort distincte commençant au milieu d’une phrase, « et les enfants Deltas sont vêtus de kaki. Oh, non, je ne veux pas jouer avec des enfants Deltas. Et les Epsilons sont encore pires. Ils sont trop bêtes pour savoir lire ou écrire. Et puis, ils sont vêtus de noir, ce qui est une couleur ignoble. Comme je suis content d’être un Bêta. »
Il y eu une pause; puis la voix repris :
« Les enfants Alphas sont vêtus de gris. Ils travaillent beaucoup plus durs que nous, parce qu’ils sont formidablement intelligents. Vraiment, je suis joliment content d’être un Bêta, parce que je ne travaille pas si dur. Et puis, nous sommes bien supérieurs aux Gammas et aux Deltas. Les Gammas sont bêtes. Ils sont tous vêtus de vert, et les enfants Deltas sont vêtus de kaki. Oh, non, je ne veux pas jouer avec des enfants Deltas. Et les Epsilons sont encore pires. Ils sont trop bêtes pour savoir … »
Le Directeur remit l’interrupteur dans sa position primitive. La voix se tut. Ce ne fut plus que son grêle fantôme qui continua à marmotter de sous les quatre-vingts oreillers.
- Ils entendront cela répété encore quarante ou cinquante fois avant de se réveiller; puis, de nouveau , jeudi; et samedi, de même. Cent vint fois, trois fois par semaine, pendant trente mois. Après quoi, ils passeront à une leçon plus avancée.”

Méthode magique, efficace, qui permet à chacun d’être heureux.

Une fois adultes, les Gammas et les Epsilons sont destinés aux travaux les plus simples et répétitifs, et savourent le fait de ne pas avoir à effectuer des tâches trop complexes, dans lesquelles il faudrait se fatiguer à réfléchir. Ils sont créés par dizaine, par centaine, clones immanquablement semblables tant par leur physique que leur attitude. Tout en haut de l’échelle, les Alphas les regardent avec un certain mépris, eux qui jouissent de la beauté, de l’unicité et de l’intelligence. Chacun est ainsi satisfait de sa condition, l’envie ou la jalousie sont des sentiments inconnus. Le plaisir et le bonheur sont les règles de la société fordienne. Chaque individu peut - doit- s’adonner à mille loisirs. Ils occupent l’esprit et font consommer. La maladie et la vieillesse n’existent pas, chacun peut donc jouir de la civilisation en pleine santé.

L’amour n’existe plus. Dès l’enfance, les individus apprennent les plaisirs sexuels, lesquels doivent se pratiquer régulièrement mais surtout, de manière non exclusive. Garder le même partenaire est ridicule, voire même, jugé très sévèrement, car dangereux pour la stabilité de la civilisation. L’amour est un sentiment fort, de même que la colère ou l’orgueil: il sont donc par conséquent nuisibles.

Une amorce de sentiment négatif? Prenez-donc un gramme ou deux de soma, et ça ira mieux. Il vous donnera l’ivresse légère de l’alcool, sans la gueule de bois du lendemain. Deux comprimés, et vous voilà sur votre nuage..

Drôle de monde, hein?

Bien sûr, comme dans tout roman d’anticipation, il y a soit le réfractaire à la société imposée, soit le sauvage qui n’a pas connu la civilisation. Dans celui-ci, nous découvrons le Sauvage, qui posera un regard plus qu’étonné sur ces individus étranges.

Le meilleur des mondes est reconnu pour être l’un des plus grands chefs-d’ oeuvre de l’anticipation. Je connais peu le genre, mais j’apprécie (j’avais dévoré Fahrenheit 451 de Bradbury).

Ici, j’ai découvert avec intérêt toutes les facettes du monde imaginé par Aldous Huxley. Néanmoins, je n’ai pas été réellement prise par l’histoire, et trainé un peu à terminer le livre, trouvant la lecture parfois fastidieuse, et certains passages redondants. Je sais, les puristes vont hurler, mais que voulez-vous, on n’explique pas les raisons qui nous font accrocher - ou non - à un roman.

Disponible en poche chez Pocket.

challengeabc.gif Lettre H de mon challenge ABC.

 


3 comments 3 avril, 2008

La souris bleue, de Kate Atkinson

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  ” Un détective privé enquête à Cambridge sur des affaires criminelles qui n’ont jamais été éclaircies. Il doit remonter à des évènements souvent très lointains pour suivre les traces de la mystérieuse “Souris Bleue”. Les intrigues se déroulent dans des milieux sociaux très divers, allant de la classe ouvrière à la gentry. Les drames les plus poignants alternent avec les épisodes les plus désopilants, dans lesquels on retrouve le regard caustique de Kate Atkinson sur notre monde moderne…”

 

Cette quatrième de couverture de l’édition de poche résume à mon avis assez bien ce roman d’Atkinson.

 

Trois principales histoires s’y croisent:

En été 1970, Amélia, petite fille attachante, serrant toujours sa “Souris bleue” de ses petites menottes, disparaît mystérieusement alors qu’elle campe dans le jardin avec l’une de ses sœurs ainées.

En 1979, Michelle, jeune mère et jeune mariée, assassine sous le coup de la folie son mari en lui enfonçant une hâche dans le crâne.

En 1994, un inconnu muni d’un couteau fait irruption dans un bureau d’avocats et assassine la fille de l’un d’eux, Laura, venue travailler pour les vacances.

En 2004, leurs proches font appel à Jackson, détective. Le voici investi de trois importantes missions, lui plutôt habitué à gérer les affaires d’infidélité. Retrouver Amélia (ou sa dépouille?), l’enfant de Michelle et le meutrier de Laura, ce ne sera pas une mince affaire..

 

J’avais découvert cette auteure grâce à Dans les coulisses du musée.

Dans La souris bleue, j’ai retrouvé avec plaisir son style assez particulier. Atkinson aime les gros romans, fourmillant de personnages divers, mélangeant les cultures, les caractères, les milieux sociaux; elle aime passer d’une époque à une autre, tisser peu à peu des liens entre les hommes, les lieux et les temps. Et elle le fait avec un véritable humour, parsemé ici et là, très britannique, et avec ironie et acidité, parfois. Plus encore que l’intrigue policière, (j’aurais du mal à le classer parmi les thrillers) ce sont les personnages, l’ambiance, le ton de ce roman qui m’ont accrochés.

Un vrai régal.

challengeabc1.gif 2è roman lu pour le challenge ABC.. Suis déjà à la bourre!

Dispo en poche (LGF), 415 pages environ, 6.50€.


5 comments 22 février, 2008

Cercueils sur mesure, de Truman Capote

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Voici un tout petit roman, qui semble avoir vocation d’amuse-bouche avant l’énorme De sang froid (en longueur de texte, j’entends, car j’avoue ne pas avoir encore lu le second).

Capote y raconte l’enquête de Jack Pepper à propos d’une série de meurtres étranges et sordides: toutes les victimes ont reçu peu avant leur mort un cercueil miniature contenant une photographie très personnelle… Voilà qui nous met l’eau à la bouche! Le principal suspect: l’intouchable Bob Quinn.

J’ai aimé cette nouvelle, appelons ça comme ça puisque le texte est issu du recueil Musique pour caméléons. Je l’ai trouvée déroutante. D’une part, parce que Capote se met lui même en scène, en ami venu dans cette bourgade aider Pepper dans ses investigations. D’autre part, parce qu’elle est inspirée de faits réels (la page d’introduction campe le décors: “Récit véridique non romancé d’un crime américain”). Et, surtout, le principal suspect est désigné dès les premières pages, mais cela n’altère en rien l’intérêt du récit, car Quinn est un personnage atypique, cynique, à la personnalité dérangeante, il joue avec l’enquêteur, donc avec le lecteur. C’est son caractère qui explique toute la force de ce récit.capote-photo.jpg
Peut-être resterez-vous sur votre faim puisque le coupable n’est pas véritablement démasqué, mais cela a l’intérêt de laisser au lecteur libre cours à son imagination. Les zones d’ombres du récit lui permettent de réfléchir quand à la véritable culpabilité du principal suspect.

En tout cas, j’ai trouvé cette enquête policière parfaitement construite, décrite avec virtuosité, à l’écriture ciselée, fourmillant de détails et teintée d’humour.

Un récit qui m’a donc mis l’eau à la bouche, mais je patienterai un peu avant de découvrir De sang froid, car le film - avec l’excellent Philip Seymour Hoffman - est encore trop frais dans ma tête.

(Et, parfait pour les paniers perçés, Cercueils sur mesure est disponible chez Folio 2€.)


2 comments 11 octobre, 2007

Le portrait de Dorian Gray, d’Oscar Wilde

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Je suis assez habituée aux romans contemporains, c’est pourquoi l’entrée dans ce bouquin a été un peu difficile. Passé ce premier cap, je dois avouer que Wilde a un véritable talent d’écriture (vous me direz: ben, c’est Oscar Wilde, quoi..)

 

L’histoire, d’abord: Dorian Gray, jeune dandy séducteur et mondain, a fait ce vœu insensé : garder toujours l’éclat de sa beauté, tandis que le visage peint sur la toile assumerait le fardeau de ses passions et de ses péchés. Et de fait, seul vieillit le portrait où se peint l’âme noire de Dorian qui, bien plus tard, dira au peintre : “Chacun de nous porte en soi le ciel et l’enfer.”

Ce roman nous conduit dans un Londres lugubre et louche, noyé dans le brouillard et les vapeurs d’opium, mais nous ouvre également la comédie de salon des beaux quartiers.

Lorsqu’il parut, en 1890, il fut considéré comme immoral. Mais sa singularité, bien plutôt, est d’être un roman réaliste, et, en même temps, d’une étrangeté qui touche au fantastique.

Mon avis: Je l’ai dit, Oscar Wilde écrit extrêmement bien, il peint les personnage et les âmes avec une grande précision, il nous plonge dans ce Londres de la fin du 19è siècle avec talent. Seulement voilà, je n’ai pas totalement accroché, et je n’ai pas été mécontente d’avoir enfin terminé ce bouquin. L’histoire est intéressante, mais c’est long…

Chacun son avis, pour certains il s’agit d’un chef-d’oeuvre, et je peux le comprendre, mais ce qui m’importe dans un roman c’est l’impatience que l’on peut avoir lorsqu’on veut le poursuivre et notre frustration lorsqu’on n’a d’autre choix que de le refermer.

Le livre est dispo en poche chez LGF à 3.50€
Il a été adapté pour un film du même nom par Albert Lewin en 1945.


4 comments 1 juin, 2007

Cul-de-sac, de Douglas Kennedy

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MAGNIFIQUE!!

L’histoire: Un américain décide sur un coup de tête de tout quitter pour aller vadrouiller dans le bush australien, histoire de mettre enfin un peu de piment à sa vie bien rangée et sans histoires. Il achète une camionnette puis part à l’aventure dans le désert australien en pleine nuit. Pourtant, on l’en avait bien dissuadé, à raison, du reste. En effet, l’inimaginable (enfin pour les non-Australiens) se produit: un kangourou se rue sur son véhicule. Le voilà légèrement blessé, dans une camionnette en sale état, avec le désert à perte de vue et le prochain resto à 300 km. Et ce n’est, excusez-moi du terme, que le début des emmerdes.

Mon avis: Un roman haletant, très original, une intrigue surprenante, dépaysante, et un ton et une écriture franchement singuliers. Certaines scènes sont aussi hilarantes que d’autres sont angoissantes. A conseiller vivement; pour ma part ce roman a fait partie de mes cadeaux de noël, pour que d’autres découvrent cet auteur assez décalé. J’attends impatiemment de lire Une relation dangereuse dont on m’a dit beaucoup de bien.

Lancez-vous! Ce bijou se dévore, si si, mais évitez les steacks de kangourous tout de même!

Dispo en poche chez Folio Policier, 6.00€.


4 comments 31 mai, 2007

Une relation dangereuse, de Douglas Kennedy

 

 

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Alors ça y est, je l’ai terminé ce roman.

Je l’ai refermé hier, digéré depuis. Mes impressions sont mitigées. Mais laissez-moi vous conter l’histoire, d’abord:

 

 

Sally rencontre Tony dans un hélico qui survole alors la Somalie. Tous deux sont journalistes, correspondants au Caire, lui pour le Chronicle de Londres, elle pour le Boston Post. Ils ont fait de leur métier une véritable passion, qui ne laisse place à rien d’autre, ni amour, ni famille. Il y a cela de magique dans les rencontres, aussi furtives et imprévues qu’elles puissent être, elles sont parfois capables de boulverser votre vie. Quand Tony rencontre Sally, les dés sont jetés, l’amour est là.

Profitons-en, le rêve peut parfois tourner au cauchemar..

 

Mon avis: J’étais impatiente de lire un nouveau Kennedy, après le petit bonheur qu’avait été Cul-de-sac.

J’ai trouvé celui-ci beaucoup plus inégal, avec beaucoup de longueurs dans la première partie, un peu moins par la suite mais tout de même: j’enlèverais bien cent pages aux cinq cents que compte l’édition de poche.

Je n’ai pas non plus accroché à l’écriture, bien moins incisive et percutante que dans son premier roman et, là aussi, assez inégale: Quelques passages sont remarquables et d’autres bien plus fades, tellement fades que je me suis surprise à penser que j’aurais moi-même pu les écrire..

L’histoire n’est pas une histoire d’amour, bien que parfois on y décèle un relent d’eau de rose (et ce titre à la Harlequin!) Il s’agit plutôt d’un roman noir, enfin, gris foncé: J’aurais aimé que Kennedy se fasse plus machiavélique. Tout bien réfléchi, ce qui arrive à Sally (pour ceux qui l’ont déjà lu, je parle des erreurs qui vont lui être par la suite reprochées.. Ahh! Difficile de parler du livre sans trop en dire!) est en partie dû à son propre caractère. Le génie - que n’a malheureusement pas eu l’auteur - aurait été de construire une intrigue dans laquelle toutes ses misères auraient été prévues et déclenchées par l’autre, laissant petit à petit le lecteur découvrir toute sa perversité. Ce n’est pas le cas ici, et j’ai trouvé cela dommage. D’autre part, Kennedy laisse une question en suspens: Tout cela avait-il été concocté bien avant la rencontre ou non? Si nous avons des éléments de réponse, kennedy ne tranche pas.

Bref, tout cela n’est pas si bien ficelé, au point que, le livre maintenant refermé, je me demande si l’auteur n’a pas construit son intrigue au fur et à mesure qu’il couchait les mots sur le papier.

 

Soyons honnête tout de même, mise à part un démarrage assez lent, ce roman se lit bien, et je commençais même à accrocher dans les cent dernières pages. C’est un peu tard, c’est tout.

 

Ce roman est disponible chez Pocket à 7.00€.


2 comments 31 mai, 2007

Fahrenheit 451, de Ray Bradbury

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451 degrés Fahrenheit représentent la température à laquelle un livre s’enflamme et se consume.

Amateurs de science-fiction bardée de lasers et de vaisseaux intergalactiques, passez votre chemin. Réfractaires de principe à la SF, comme j’ai pu l’être, attendez donc un peu. Ce livre est le petit bijou qui vous fera changer d’avis.

L’histoire: Ray Bradbury nous présente une société à venir, dans laquelle la lecture, source de connaissance, de questionnement et de réflexion est désormais considérée comme un acte antisocial. Les pompiers traquent les anticonformistes et brûlent tous les livres existant encore et dont la détention est interdite pour le bien collectif.
Montag, l’un des pompiers pyromanes, se met pourtant à rêver d’un monde différent, qui ne bannirait pas la littérature et l’imaginaire au profit d’un bonheur immédiatement consommable. Il devient dès lors un dangereux criminel, pourchassé par une société qui désavoue son passé.

Mon avis: Dans cette société, tout le monde regarde inlassablement la télévision, tout le monde suit l’avis commun, personne ne réfléchit, tout le monde dénonce ceux jugés en dehors de la ligne de pensée correcte.
Drôle d’ironie, ce bouquin qui se voulait d’anticipation dans les années 50 se retrouve aujourd’hui curieusement proche de la réalité.
Bradbury porte un regard visionnaire sur la technologie, la société et l’évolution des mentalités. La télévision rentre dans les chaumières et Bradbury parle déjà d’écrans géants sur les murs, d’écouteurs dans les oreilles; les programmes télévisés sont absurdes et abrutissants, bref, singulièrement semblables aux nôtres. Le livre traite de l’individualisme, du manque de communication entre individus (les contacts se font souvent par l’intermédiaire de ces écrans géants).
Avec une subtilité et une justesse sidérantes, le futur décrit par Bradbury est troublant, car si proche de notre quotidien, où l’individu est broyé par la société, abruti et jeté dans une surenchère de loisirs idiots et de plaisirs violents.

 

Quelques extraits:

“Je bazarde les enfants à l’école neuf jours sur dix . Je n’ai à les supporter que trois jours par mois à la maison ; ce n’est pas la mer à boire. On les fourre dans le salon et on appuie sur le bouton. C’est comme une lessive ; on enfourne le linge dans la machine et on claque le couvercle.”

“Ce que vous recherchez, Montag, se trouve dans le monde, mais le seul moyen, pour l’homme de la rue, d’en connaître quatre-vingt-dix-neuf pour cent, ce sont les livres. Ne demandez pas de garanties. Et n’attendez pas le salut d’une seule source, individu, machine ou bibliothèque. Contribuez à votre propre sauvetage, et si vous vous noyez, au moins mourez en sachant que vous vous dirigez vers le rivage.”

Fahrenheit 451 est un roman de science-fiction conceptuelle. Il nous pousse à une vraie réflexion sur la liberté d’expression, les dérives auroritaires de notre société, l’endoctrinement (télévisuel notamment), le conformisme. C’est un régal qui fait froid dans le dos. Une mise en garde contre le cynisme du temps, l’uniformisation et la pauvreté intellectuelle du “mass media”.

Inversion des valeurs (les pompiers mettent le feu), abrutissement des masses par la consommation, démocratie bidon, chasse aux “subversifs”, révocation des profs dont l’enseignement dérange, discours uniformisé par le biais de la télévision… Bradbury avait vu juste. Son cauchemar tend à devenir notre réalité.

Mais, au-delà de cet aspect, qui à lui seul justifie la nécessité de lire ce livre, il faut dire aussi que Bradbury écrit remarquablement, sait nous tenir en haleine et nous passionner jusqu’au bout!

Vous voilà convaincus?


Fahrenheit 451, de Ray Bradbury. 1953
Disponible en poche chez Folio SF, 4.60€.
Porté à l’écran par François Truffaut en 1966.


2 comments 31 mai, 2007


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