Mygale, de Thierry Jonquet

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Après Vargas, j’ai fait une petite entorse à ma poursuite du challenge ABC, en choisissant Mygale, roman qui me fut offert à Noël, après l’établissement de ma fameuse liste et qui n’y figurait donc pas.
S’il me fut offert, ce n’est pas par hasard, car j’avais - fortement - émis le souhait de découvrir Thierry Jonquet, après avoir parcouru sur la blogosphère de nombreux billets positifs, voire élogieux.
C’est donc avec un grand enthousiasme que je m’y suis plongée.
Dans ce polar, plusieurs tranches de vie se croisent :
Celles de Richard Lafargue, grand chirurgien plasticien, et de Eve, avec laquelle il semble entretenir une relation singulière, mêlée d’amour et de haine féroce, que l’auteur va lentement dévoiler.
Celle d’Alex Barny, petit loubard devenu criminel après que son plus gros coup ait mal tourné, et dont la vie consiste désormais à demeurer reclus et caché.
Celle, enfin, de Vincent Moreau, capturé un soir dans une forêt par un homme qui ne semble pas l’avoir choisi par hasard, et qui va lui faire subir les pires sévices, tant au corps qu’à l’âme..
Ces histoires ne semblent pas liées entre elles, mais, vous l’aurez deviné, elles ne nous sont pas racontées par hasard.
Je ne connais pas personnellement Thierry Jonquet mais, à la lecture de son roman, j’avoue que je serai impressionnée, pour ne pas dire terrifiée, de le rencontrer. Il faut tout le machiavéslime d’un esprit torturé pour imaginer une histoire pareille. Un goût pour l’horreur et le glauque, qui ne m’a pas déplu, bien au contraire. Je dois avoir en moi une part de curiosité morbide que j’ignorais. C’est surtout lorsque l’auteur narrait l’histoire de Vincent Moreau que je me délectais, car c’était alors son ravisseur qui parlait (qui LUI parlait). “Il y avait ce goût de terre moisie dans ta bouche, toute cette boue visqueuse sous toi, ce contact tiède et doux contre ton torse - ta chemise s’était déchirée - des odeurs de mousse, de bois pourri. Et puis l’étau de ses mains, autour de ton cou, sur ton visage, des doigts crispés qui te tenaient prisonnier, ce genou arc-bouté contre tes reins et sur lequel il pesait de tout son poids [...] Il haletait, il reprenait son souffle. Toi, tu ne bougeais plus; attendre, simplement attendre. [...] Qui était-il? Un fou? Un sadique draguant dans la forêt? Depuis de longues secondes, vous gisiez tous les deux, douloureusement enlacés dans la boue, guettant votre souffle dans la nuit.” J’ai trouvé cette façon de raconter le martyre du pauvre garçon captivante.
Néanmoins, j’ai été beaucoup moins intéressée par les histoires des autres personnages, et, je l’avoue, un peu gênée par l’écriture de Jonquet lorsqu’il contait la vie de Lafargue, Eve et Barny. Une sensation désagréable de mauvais polar américain, mal raconté, mal dit, entrecoupé de passages grandioses, empreints de psychologie, ceux sur Vincent Moreau. J’ai eu, tout au long de ma lecture, le ressenti d’un roman inégal, et j’ai toujours attendu avec impatience, voire une pointe d’irritation, les passages en italique, ceux qui me narraient le calvaire du prisonnier.
Troublant, malsain, violent. Une fois le livre refermé, je suis restée sur une sensation mitigée. Je gage de tenter prochainement une nouvelle expérience avec Thierry Jonquet, pour voir de quel côté de la balance je pencherai alors. Mais seulement lorsque j’aurai réussi mon challenge (1 livre lu en janvier, je sens que cela va être difficile
)
Les avis positifs de Val, Nirvana et La Livrophile.
Mygale (1984) est disponible chez Folio Policier au prix de 5.30€, dans la nouvelle édition revisitée par l’auteur en 1995.
2 comments 2 février, 2008

1er livre lu pour le Challenge ABC 2008.
Un beau jour, pourtant, Fred rentre à la maison un manuscrit sous le bras. «Tu as écrit une connerie?» interroge ce père qui méprise la Série noire. «Oui», répond-elle avec sa franchise habituelle. La «connerie» s’appelle Les jeux de l’amour et de la mort, une histoire de meurtre dans les milieux de la peinture. Poussée par une amie, elle va le présenter au Festival du film policier de Cognac, en 1986. Miracle, il décroche le prix du roman policier. La récompense lui est remise sur scène par Léo Malet et Andréa Ferréol. «Allez, il faut dire un petit mot», lui souffle le père de Nestor Burma. Pétrifiée de timidité, littéralement soutenue par les épaules, d’un côté par Ferréol, de l’autre par Malet, Fred aperçoit, au premier rang, Robert Mitchum, invité d’honneur du Festival. Le grand «Mitch», son idole. Celui dont elle collectionne même les mauvais films. Alors, elle se lance: «Eh bien, s’il suffit de signer un roman policier pour voir Robert Mitchum en vrai, je crois que je vais en écrire une douzaine…» 
