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Un peu de poésie en chanson avec Ferré

Avec le temps

Avec le temps…
Avec le temps, va, tout s’en va
On oublie le visage et l’on oublie la voix
Le coeur, quand ça bat plus, c’est pas la peine d’aller
Chercher plus loin, faut laisser faire et c’est très bien

Avec le temps…
Avec le temps, va, tout s’en va

L’autre qu’on adorait, qu’on cherchait sous la pluie
L’autre qu’on devinait au détour d’un regard
Entre les mots, entre les lignes et sous le fard
D’un serment maquillé qui s’en va faire sa nuit
Avec le temps tout s’évanouit

Avec le temps…
Avec le temps, va, tout s’en va
Mêm’ les plus chouett’s souv’nirs ça t’as un’ de ces gueules
A la Gal’rie j’farfouille dans les rayons d’la mort
Le samedi soir quand la tendresse s’en va tout seule

Avec le temps…
Avec le temps, va, tout s’en va

L’autre à qui l’on croyait pour un rhume, pour un rien
L’autre à qui l’on donnait du vent et des bijoux
Pour qui l’on eût vendu son âme pour quelques sous
Devant quoi l’on s’traînait comme traînent les chiens
Avec le temps, va, tout va bien

Avec le temps…
Avec le temps, va, tout s’en va
On oublie les passions et l’on oublie les voix
Qui vous disaient tout bas les mots des pauvres gens
Ne rentre pas trop tard, surtout ne prends pas froid

Avec le temps…
Avec le temps, va, tout s’en va

Et l’on se sent blanchi comme un cheval fourbu
Et l’on se sent glacé dans un lit de hasard
Et l’on se sent tout seul peut-être mais peinard
Et l’on se sent floué par les années perdues
Alors vraiment
Avec le temps on n’aime plus.
medium_leo_ferre.jpg

Léo Ferré

(1970)


Add comment 30 juin, 2007

Les fleurs du mal, de Charles Baudelaire

baudelaire-fleurs-du-mal.jpg

Baudelaire est le premier poète à m’avoir fait aimer la poésie, et, bien qu’ayant essayé depuis de me frotter à nombres d’autres auteurs, j’y suis toujours revenue. Pas de mièvrerie, que du beau. “Remords posthumes” est tout simplement magnifique. Si vous êtes réfractaire à la poésie, si pour vous ce mot est synonyme d’eau de rose, essayez Baudelaire et vous réviserez votre copie.

Remords posthumes

Lorsque tu dormiras, ma belle ténébreuse,
Au fond d’un monument construit en marbre noir,
Et lorsque tu n’auras pour alcôve et manoir
Qu’un caveau pluvieux et qu’une fosse creuse ;

Quand la pierre, opprimant ta poitrine peureuse
Et tes flancs qu’assouplit un charmant nonchaloir,
Empêchera ton coeur de battre et de vouloir,
Et tes pieds de courir leur course aventureuse,

Le tombeau, confident de mon rêve infini
(Car le tombeau toujours comprendra le poète),
Durant ces grandes nuits d’où le somme est banni,

Te dira : ” Que vous sert, courtisane imparfaite,
De n’avoir pas connu ce que pleurent les morts ? “
- Et le ver rongera ta peau comme un remords.

Charles Baudelaire

 

Le poème “Remords posthumes” a été publié dans le recueil Les fleurs du mal en 1861.

Ce recueil est parfaitement organisé, on y trace la quête d’un homme qui cherche à sortir du spleen (l’ennui, la souffrance). Il essaie d’abord de trouver un idéal, mais celui-ci est toujours éphémère, volatile. Il essaie donc la débauche, puis se révolte. Finalement, la seule issue sera la Mort. En plus de nous offir un recueil magnifique, Baudelaire révolutionne la poésie! Ainsi le sujet ne compte plus, un sujet laid ou amoral devient beau par le langage et le pouvoir du poète. On retrouve cette alchimie dans le titre Les Fleurs du Mal (ou extraire la beauté du mal). C’est notament visible dans “La Charogne”. Ce poème est tout simplement majestueux: faire une oeuvre aussi belle sur un sujet aussi indécent est prodigieux et tout à fait inédit à l’époque.
Révolution aussi, dans le sens où Baudelaire reprend la sensibilité de la poésie romantique, mais lui donne ce qui lui manque, une perfection formelle.
Révolution enfin par un nouveau système d’écriture, les correspondances. C’est par les figures d’analogie que Baudelaire écrit (tout à fait visible dans le poème “La Chevelure”): Un objet, une chose éveille une sensation qui en rappelle une autre, puis une autre… magnifique!
Baudelaire, c’est le début de la poésie moderne, Hugo l’avait deviné, Verlaine, Rimbaud et Apollinaire sont ses héritiers.

 

Disponible en poche chez LGF à 3.00€.


1 comment 10 juin, 2007


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