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Les chiens écrasés, de Ludovic Roubaudi

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J’ai acheté ce livre par hasard, intriguée par sa couverture, et ce fut une jolie découverte. Mon premier livre de Ludovic Roubaudi, semble-t-il déjà reconnu pour son livre Le 18, mais dont personnellement, je l’avoue, j’ignorais tout.

 

 

L’histoire: Ils sont deux: l’un qui scrute et qui scripte, l’autre qui cadre et qui cliche. Deux “vautours de la misère”, deux journalistes. Le tandem s’importe dans un infime patelin où, à ce que dit l’histoire, un tyran de supérette a affamé des SDF en cadenassant ses poubelles. Mais c’est alors, attaque en piqué du destin, que s’invite dans le décor une jolie blonde, Mademoiselle, qui trouble l’un des deux drilles… (4ème de couverture)

 

Extrait:

 

” - Non… mais tu comprends…

- Non je ne comprends pas! Je ne comprends rien du tout moi! Et même si tu m’expliquais je ne comprendrais toujours pas! Comment peut-on passer à côté alors que c’est sous ton nez?

- Oui, mais là…

- Là, quoi !!! Là quoi bordel! La rédaction de France Info est à Paris et elle décroche l’info. Alors que toi qui es sur place tu ne vois rien rien, tu n’entends rien. C’est inacceptable, tu m’entends… je parie que tu étais encore au bar du PMU.

- Euh… mais non… enfin…

- C’est ça, prends-moi pour un con. Maintenant tais-toi et écoute! Je veux sur mon bureau pour ce soir dix-sept heures sept mille signes sur cette histoire de SDF et de poubelles. Compris?

- Sept mille…

- C’est ça ou la porte, Martingal. Et ce n’est pas une menace, c’est une promesse.

Martingal a raccroché et nous a remarqués. Il a eu un petit sourire gêné. Nous, on a fait ceux qui ne comprenaient pas mais on l’a invité à boire un verre pour le remonter

[...]

Une fois au bar, il s’est lâché sur son engueulade.

- J’en ai marre. Ce métier à la con me fait suer… Il faut toujours être sur la brèche, toujours à l’affût. Je n’en peux plus. Je n’ai pas une minute à moi. Ah si jamais je touchais un jour “LE” tiercé! alors là les copains je vous dis pas la java. Et puis j’enverrais chier très loin l’autre naze et son journal et je me payerais un haras… “

Mon avis: Ce livre s’avale en deux temps trois mouvements, un livre qui mêle humour et cynisme, habilement écrit. Les dialogues sont savoureux et la description de cette presse qui se vend sur de glauques faits divers est jubilatoire. Un excellent moment de lecture, que je recommande pour son style très original.

 

 

Les chiens écrasés, édition Le dilettante, 2006, 16.00€.

 

Edit: Pour un autre avis (je viens de chercher à droite à gauche, ils sont peu nombreux), lire l’article de Alexandra Morardet sur le site de Arte:

Extrait : “Les chiens écrasés est une chronique douce-amère sur l’univers des journalistes fouineurs, ” vautours de la misère ” qui, par monts et par vaux, s’échinent à alimenter de manière éhontée, la rubrique des faits divers.
Le Troisième livre de Ludovic Roubaudi, est un roman noir, cynique non dénué d’humour dans lequel, il dresse une galerie de portraits loufoques dont on ne peut que se délecter.

 


4 comments 14 juin, 2007

Don Quichotte de la manche, version BD

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Ou les aventures de Don Quichotte revisitées..

 

“- Je suis Don Quichotte, et je tiens à ce que les gens de mon entourage en prennent note.

- Mais ce nom n’est pas à vous…

- Il est à tous ceux qui le veulent, Maître François, et jusqu’à ce que mes exploits mettent un peu de couleur à mes armoiries et me fassent surnommer autrement, je n’en choisirait pas d’autre…”

 

L’histoire:

Dans un village de la Manche vit un homme ayant choisi de quitter le monde du travail pour jouir du silence de sa demeure. Un vieil héritage le lui a permis. Il passe l’essentiel de son temps à la lecture. Des lectures dites d’évasion, avec un goût prononcé pour les romans de chevalerie. Il y consacre ses journées, puis ses nuits. Peu à peu, son cerveau s’étiole: les histoires d’enchantements, de tournois, de batailles, d’amours et de tourments deviennent sa réalité. Lui vient alors une bien curieuse idée: Sa vieille jument rebaptisée Rossinante, ‘il se fait chevalier errant et part à l’aventure sauver des pucelles en détresse et affronter leurs geôliers. A lui les dangers, les victoires et la gloire éternelle. Désormais, il s’appelle Don Quichotte.

Mon avis: Jolie surprise que cette bande dessinée en noir et blanc, au superbe coup de crayon, dans laquelle l’histoire de Cervantès est savoureusement revisitée.

Mention spéciale au dessinateur Douay qui a choisi un trait très esthétique et agréable, original aussi: la technique diffère lorsque le - pathétique - héros imagine, ou plutôt, hallucine (avec ce Don Quichotte là, les auberges deviennent des châteaux, les mariées de jeunes princesses et les poteaux électriques de féroces ennemis…)

 

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4 étoiles et non 5 cependant, pour le scénario parfois un peu faible.

Aux Editions Vents d’Ouest, 120 pages, 17.99€.


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L’écume des jours, de Boris Vian

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Célébrissime roman de Boris Vian, dont je viens seulement de tourner la dernière page.

 

L’histoire: Colin, jeune et riche, cherche l’amour. Il rencontre Chloé, qui porte le nom de son morceau préféré, un standard du jazz interprété par Duke Ellington. Ils tombent amoureux et se marient. Chick, l’ami de toujours, rencontre Alise. Ils s’aiment aussi, mais leur amour est mis à mal par la vénération que Chick porte à l’écrivain Jean-Sol Partre. Un jour, Chloé se met à tousser, malade d’un nénuphare dans le poumon.

Mon avis: Alors que le pianocktail égrène les notes des mélanges alcoolisés, les anguilles coulent dans les canalisations…

J’ai été au départ assez décontenancée par ce roman. Est-ce que j’aimais? Pfff… Je n’en savais rien du tout. C’est une drôle de sensation, plutôt rare, ce qui montre bien la particularité de cet auteur. J’avais été éblouie par “J’irai cracher sur vos tombes”, à l’écriture réaliste et crue, et je ne m’attendais pas à cette écriture là pour “L’écume des jours”, tellement différente. Comme une petite musique en fait, mais de ces musiques que l’on apprécie au bout de plusieurs écoutes, parce que la première laisse comme un goût de “je ne sais pas, j’avais jamais entendu ça avant”. Ca déstabilise. Vian joue avec les mots, réinvente les objets et les expressions, transforme la réalité et nous dévoile un joli monde surréaliste. Il joue sur les niveaux de langue comme le faisait Queneau, passant du grossier ou familier au style le plus relevé. C’est bizarre, frais, parfois drôle, triste aussi.

Dans ce monde, les murs des maisons rétrécissent, les souris se taillent des sucettes dans le savon des salles de bain, les carreaux cassés repoussent, les pharmaciens utilisent les appareils digestifs des lapins pour la préparation des pilules… On y danse le biglemoi (”bigle-moi”! Regarde-moi!), on appelle les “pompeurs” pour éteindre le feu, on mange - réellement - avec un lance-pierres, on tue avec un arrache-coeurs…

Extraits:

“Nicolas achevait de soigner la souris et lui fabriquait une petite paire de béquilles en bambou.

- Voilà… conclut-il. Marche avec ça jusqu’à ce soir et il n’y paraîtra plus.

- Qu’est-ce qu’elle a? demanda Colin en lui caressant la tête.

- Elle a voulu nettoyer les carreaux du couloir! dit Nicolas. Elle y est arrivée, mais ça lui a fait mal.

- Ne te soucie pas de ça, dit Colin, ça reviendra tout seul.

- Je ne sais pas, dit Nicolas. C’est bizarre. On dirait que les carreaux respirent mal.”

“L’administration donnait beaucoup d’argent à Colin, mais c’était trop tard. Il devait, maintenant, monter chez des gens, tous les jours. On lui remettait une liste et il annonçait les malheurs un jour avant qu’ils n’arrivent. Tous les jours, il se rendait dans les quartiers populeux ou bien dans les beaux quartiers. Il montait des tas de marches. Il était très mal reçu. On lui lançait à la tête des objets lourds et blessants, et des mots durs et pointus, et on le mettait à la porte. Il touchait de l’argent pour cela et donnait satisfaction. Il conserverait ce travail. La seule chose qu’il pouvait faire, c’était cela, se faire mettre à la porte. La fatigue le tenaillait, lui soudait les genoux, lui creusait la figure. Ses yeux ne voyaient plus que les laideurs des gens. Sans cesse, il annonçait les malheurs à venir. Sans cesse on le chassait, avec des coups, des cris, des larmes, des injures. Il monta les deux marches et suivit le couloir et frappa, reculant d’un pas sitôt après. Quand les gens voyaient sa casquette noire, ils savaient et le maltraitaient, mais Colin ne devait rien dire, on le payait pour ce travail. La porte s’ouvrit. Il prévint et partit. Un lourd morceau de bois l’atteignit dans le dos.
Il chercha sur la liste le nom suivant et vit que c’était le sien.”

“- Je ne sais pas ce qu’il y a, dit-il.

- Moi non plus, dit colin, mais c’est anormal.

- Oui, dit Chick, nettement. Je vais essayer sans regarder.

Il prit une quatrième cravate et l’enroula négligemment autour du cou de Colin, en suivant des yeux le vol d’un brouzillon, d’un air très intéressé. Il passa le gros bout sous le petit, le fit revenir dans la boucle, un tour vers la droite, le repassa dessous, et par malheur, à ce moment là, ses yeux tombèrent sur son ouvrage et la cravate se referma brutalement, lui écrasant l’index. Il laissa échapper un gloussement de douleur.

- Bougre de néant! dit-il. La vache!

- Elle t’a fait mal? demanda Colin compatissant.

Chick se suçait vigoureusement le doigt.

- Je vais avoir l’ongle tout noir! dit-il.

- Mon pauvre vieux! dit Colin.

Chick marmonna quelque chose et regarda le cou de Colin.

- Minute!… souffla-t-il. Le noeud est fait!… Bouge pas!…

Il recula avec précaution, sans le quitter des yeux, et saisit sur la table, derrière lui, une bouteille de fixateur à pastel. Il porta lentement à sa bouche l’extrémité du petit tube à vaporiser et se rapprocha sans bruit. Colin chantonnait en regardant ostensiblement le plafond.

Le jet de pulvérin frappa la cravate en plein milieu du noeud. Elle eut un soubresaut rapide et s’immobilisa, clouée à sa place par le durcissement de la résine.”

A lire, vraiment. C’est tellement étrange, et si avant-gardiste, même 60 ans après. J’ai été fascinée par le ton et les mots. Un bémol tout de même, l’histoire ne m’a pas emballée tout autant. Pour Raymond Queneau (ami de Vian), cette oeuvre est “le plus poignant des romans d’amour contemporains”. L’histoire ne m’a pas tellement touchée (point trop d’émotions, encore moins de larmes..)

Mais quand même, A LIRE!

L’écume des jours est dispo en poche chez LDP pour 6.00€.

Il existe aussi une adaptation du roman en bande-dessinée par Benoît Preteseille, “L’écume d’écume des jours”, pour 12.00€. Je ne connais pas mais je serais curieuse de voir le parti-pris du dessinateur pour illustrer un monde si original.


4 comments 1 juin, 2007

L’homme aux cercles bleus, de Fred Vargas

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“Victor, mauvais sort, que fais-tu dehors?”

Après avoir découvert mon premier Vargas avec “Pars vite et reviens tard”, qui m’avait enchantée, je me suis jetée avec avidité sur le premier roman de la série du commissaire Adamsberg.

 

L’histoire: Depuis plusieurs mois, un étrange message, “Victor, mauvais sort, que fais-tu dehors?”, accompagne des cercles bleus qui surgissent la nuit, tracés à la craie sur les trottoirs de Paris. Au centre de ces cercles, prisonniers, un débris, un objet perdu: trombone, bougie, pince à épiler, patte de pigeon…Le phénomène fait les délices des journalistes et de quelques psychiatres qui théorisent: un maniaque, un joueur.

Le commissaire Adamsberg, lui, ne rit pas. Ces cercles et leur contenu hétéroclite sont de mauvaise augure. Il le sait, il le sent: bientôt, de l’anodin saugrenu on passera au tragique. Il n’a pas tort. Un matin, c’est le cadavre d’une femme égorgée que l’on trouve au milieu d’un de ces cercles bleus.

(D’après la 4e de couverture).

Mon avis: Voici donc le premier roman dans lequel apparaissent les personnages atypiques et si attachants de Jean-Baptiste Adamsberg, commissaire rêveur et doté d’un instinct infaillible et désarmant, devinant les coupables sans l’ombre d’un argument rationnel (au désarroi de ses collaborateurs), et de Danglard, son fidèle lieutenant au contraire si réfléchi, surtout le matin lorsqu’il n’est pas encore noyé dans les brumes du vin blanc. Les personnages ne sont pas parfaits, ils peuvent être laids, ils ont des défauts et des faiblesses, ils sont même un peu salauds parfois, et voilà ce qui en fait tout l’intérêt.

Le point de départ de l’histoire m’a intriguée et amusée, quelle drôle d’idée que ces petits objets insolites laissés au milieu de grands cercles bleus dans les rues parisiennes. Des formes tracées un peu partout dans la capitale, une recette efficace que Vargas a d’ailleurs reprise dans “Pars vite et reviens tard”, ce qui m’a laissé une impression de déjà vu. Dommage, mais pas très grave.

 

L’histoire se déroule en un long fleuve tranquille, pas de grands rebondissements, l’enquête avance paisiblement. Un petit peu trop peut-être, mais qu’importe, on suit tout de même avec délice les aventures des deux compères et on attend la suite. Surtout, Fred Vargas a un grand talent d’écriture, et il s’agit là d’une qualité non négligeable, surtout dans un policier.

 

A lire donc, même si “L’homme aux cercles bleus” est à mon sens moins efficace et moins bien ficelé que “Pars vite et reviens tard”. Je suis chipoteuse sans doute, mais je n’ai pas pu m’empêcher de penser, au fur et à mesure qu’apparaissaient les cercles: Ces cercles, tracés dans la nuit, sont toujours découverts intacts le matin alors qu’ils sont faits de craie. Ces petits objets, bien légers pour certains, en restent à l’exact centre, jamais un petit coup de vent ne les a fait rouler… Etrange tout de même!

Voilà pourquoi je mets 4 étoiles pour Vargas cette fois: 3 pour l’intrigue policière et 5 pour l’écriture. En tout cas, ce n’est pas mon dernier Vargas!

 

L’homme aux cercles bleus (1996)

 

Disponible en poche chez J’ai Lu pour 5,60€.


1 comment 1 juin, 2007

Globalia, de Jean-Christophe Rufin

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Rufin n’est plus à présenter: On le voit régulièrement dans la lucarne, comme tous les bons vendeurs, Nothomb, Houellebecq et les autres, et son succès n’est plus à démontrer depuis son prix Goncourt décerné en 2001 pour Rouge Brésil. Il entamait d’ailleurs un nouveau marathon des télés récemment pour son roman écolo, Le parfum d’Adam.

Globalia est un roman d’aventures futuriste:

 

L’histoire se passe en Globalia. Ce monde, qui se veut démocratie parfaite et universelle, ressemble pour beaucoup à notre société. Rufin en a seulement accentué les traits. Il fait toujours beau à Globalia, de quoi sourire chaque matin, grâce à une énorme bulle de verre recouvrant toute sa surface. La devise: “Liberté, sécurité, prospérité”. Parfait, donc! Mais voilà, la médaille a toujours un revers: Le monde globalien est d’un conformisme absolu, dans lequel seule la peur de l’insécurité en cimente les troupes.

Baïkal est jeune et rêve d’une autre liberté. Il s’interroge: Qu’y a t-il de l’autre côté de ce cocon, dans ce qui est appelé les “non zones”?

Mon avis: Rufin nous présente une société fruit d’une globalisation libérale menée jusqu’à son terme. Une fable contre les dérives du libéralisme et de la mondialisation, donc, mais une fable colorée, drôle parfois, et fourmillant de péripéties et de références politiques saisissantes. Il y a du style, de l’aventure, et de la réflexion bien sûr. Un tout petit bémol: l’histoire avance parfois trop mollement. Dommage, mais c’est un très bon roman tout de même.

Le livre est dispo en poche chez Folio pour 7.70€.


1 comment 1 juin, 2007

Cosmétique de l’ennemi, d’Amélie Nothomb

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Alors voilà, je m’en veux un petit peu: Amélie Nothomb, je t’aime bien dans le fond. Et puisque je t’ai fustigée dans ma première critique (Mais Robert des noms propres n’est franchement pas un bon livre, je le maintiens!), je tiens à faire réparation en parlant d’un bouquin qui lui m’a assez plu. Peut-être est-ce parce que c’est le premier Nothomb que j’ai lu, et que son style particulier a fait mouche.

L’histoire: Coincé dans un aéroport alors qu’il s’apprêtait à embarquer pour Barcelone, l’homme d’affaires Jérôme Angust se voit contraint de supporter, en plus du retard de son avion, la logorrhée d’un étrange individu, bien décidé à lui imposer le récit de sa vie. Qui est donc ce Textor Texel qui le harcèle ? Pourquoi ce raseur a-t-il jeté son dévolu sur lui ? Le dialogue s’engage pourtant entre l’importun et sa victime, vif, alerte, ponctué de réparties cinglantes, prenant les allures d’une joute de haute tenue, et dévoile la passé trouble de Textor, en même temps que le malaise croissant de Jérôme. Car il se sent cerné, l’homme d’affaires irréprochable, par cet étranger qui semble si bien connaître les tréfonds de sa conscience et dont les crimes font douloureusement écho à un passé qu’il croyait enterré. Étranger, cet ennemi ? Pas tant que ça…

Mon avis: Nothomb aborde brillament le thème du déni et le culpabilité sous-jacente. Le roman se lit vite, très vite, il est la fois effrayant et drôle, noir et fascinant. J’ai aimé l’exercice de style, cette sorte de dialogue en huis-clos, et l’interrogation croissante du lecteur jusqu’à la chute.

Si je conseille ce bouquin, je suis néanmoins curieuse d’autres opinions, car parmi les échos que j’en ai eu il porte à controverse (notamment à propos du dénouement de l’histoire, que j’ai aimé, et que d’autres ont trouvé trop facile).

 

Le livre est dispo en poche chez LGF à 4.00€.


6 comments 1 juin, 2007

Le bal, de Irène Némirovsky

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C’est le premier roman de Némirovsky que j’ai lu. Un tout petit bouquin, une petite centaine de pages, bien moins célèbre que David Golder ou Suite française, mais tout autant digne d’intérêt.

Le bal est, semble-t-il, le premier des trois romans que l’auteure ait écrit pour régler ses comptes avec sa mère. Les deux femmes se détestaient!

 

 

L’histoire: Récemment passés de la gêne à l’opulence, M. et Mme Kampf décident de donner un bal. Leur fille Antoinette, qui vient d’avoir quatorze ans, rêverait d’y assister. Mais Mme Kampf, peu soucieuse de présenter à ses admirateurs une fille déjà si grande, oppose un refus formel. Antoinette ne préméditera pas sa vengeance: elle l’accomplira d’un geste, dans un état second… Elle sera terrible. (4è de couverture).

 

Mon avis: Un livre merveilleux, rapide et incisif qui décrit les tourments de l’enfance avec une justesse rare. L’écriture est dure et tranchante. On plonge avec plaisir dans la tête de cette jeune fille rejetée par sa mère, bien trop occupée par son entrée dans le beau monde. Une claque incroyable pour l’époque. Irène Némirovsky écrit ici un soufflet terrible contre sa mère, petit roman écrit d’un jet entre deux chapitres d’un autre, largement puisé dans sa propre vie… Un livre d’un cynisme époustouflant et drôle! On suit avec délice les déconfitures de la famille Kampf, ces nouveaux riches installés désormais dans un grand appartement blanc. Pour exposer leur récente opulence à la face du monde, ils décident d’organiser un bal somptueux, qui doit signer l’apothéose de Rosine Kampf et l’assoir parmi la classe bourgeoise qu’elle convoite avec avidité. Bien entendu, les choses vont se passer autrement!

Au coeur de ce très court roman, on assiste au face-à-face impitoyable entre deux femmes: la mère et la fille, gamine boudeuse et capricieuse, reléguée dans la lingerie pour ne pas gâcher l’évènement. Sa vengeance, cruelle et perfide, est jouissive!

Irène Némirovsky fait preuve d’une impertinence folle pour l’époque (1930) et de beaucoup d’humour et d’ironie envers les classes bourgeoises. Un univers qu’elle connaît bien, étant issue d’une riche famille de financiers juifs, originaires de Russie. Malheureusement la seconde Guerre mondiale mettra un terme brutal à son brillant parcours: Elle mourra à Auschwitz, succombant au typhus.

 

Le bal se lit à vitesse folle, mais c’est un plaisir!

 

Le livre est dispo chez Grasset au prix de 6.90€.


1 comment 31 mai, 2007

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