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La petite robe de Paul, de Philippe Grimbert

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Paul et Irène forment un couple heureux, de ceux qui, au fil des années, ont tissé entre eux une complicité et une tendresse indéfectible, de ceux qui se connaissent par cœur et pour lesquels les mots ne sont plus utiles pour se comprendre.

Ils mènent une vie sereine et paisible, ponctuée de temps en temps par les visites de leur fille unique, déjà grande.

Un jour, Paul, en colloque dans un quartier de sa ville qu’il ne connaissait pas jusqu’alors, en profite pour se balader et découvrir ces nouvelles rues. Son regard va se poser sur la devanture d’une petite boutique de vêtement pour enfants. “Une seule robe, accrochée à un cintre au centre de la vitrine sur un fond de papier vert d’eau. Une robe d’enfant, parfaitement blanche, taillée comme une chasuble, avec trois roses à l’empiècement, semblables à celles qui émergeaient d’un pot.”

Troublé, Paul reviendra chaque jour, irrésistiblement attiré par cette petite robe. “Paul se surprit à plusieurs reprises, durant les enseignements du matin, à laisser sa pensée s’envoler à la rencontre du vêtement, sagement suspendu au centre géométrique de la vitrine. Comme ces visiteurs de musée qui se donnent rendez-vous chaque jour avec une œuvre et en viennent à imaginer leur tableau ou leur statue de prédilection guettant leur venue, il anticipait avec une certaine impatience l’heure de la pause pour aller retrouver l’objet de son émotion.”

Le dernier jour du colloque, Paul réalise qu’il s’agit là de sa dernière rencontre avec la petite robe. Saisi par une inexplicable tristesse, il ne peut se résoudre à la quitter, et franchit pour la première fois le seuil de la boutique. “On lui demanda dans quelle taille il la souhaitait et cette question qui aurait dû suffire à lui faire abandonner son projet, loin de le prendre au dépourvu, ne le fit pas hésiter: il répondit qu’il désirait du six ans”.

Cet achat, que Paul considère au départ comme quasi anodin, va pourtant bouleverser sa paisible vie. De retour à son domicile, ce geste, soudain vécu par lui comme honteux, car inexplicable, il ne pourra le dévoiler à son épouse, et préfèrera cacher le petit objet.

Au fil du roman, nous suivrons les errances de Paul, cherchant des raisons à son geste, mais également celles d’Irène (tout autant douloureuses), ayant par hasard découvert le secret de son mari, et s’imaginant alors les pires motifs de la présence d’une petite robe d’enfant, soigneusement cachée entre deux costumes sombres.

Alors, bien sûr, on a envie de comprendre les racines de l’étrange intérêt de Paul pour un simple vêtement d’enfant. Mais c’est sans impatience, tant on se laisser bercer par les mots si bien choisis de Philippe Grimbert, qui dévoile déjà des talents de conteur plus tard confirmés dans son plus célèbre roman Un secret. Grimbert est psychanalyste de profession, et cela explique sans doute pourquoi il parvient si bien à raconter les tourments intérieurs de ses personnages.

Ce petit livre de 160 pages à peine est une réussite, dont il serait dommage de se priver.

J’ai aimé l’avis d’Aimez -vous lire?. Lilly et Tamaculture ont aussi apprécié.

Grasset, 2001.

Dispo en poche chez LGF, 4.50€.

challengeabc.gif 3è roman de mon challenge ABC, qui s’annonce décidément sous les meilleures augures.


7 comments 27 février, 2008

La souris bleue, de Kate Atkinson

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  ” Un détective privé enquête à Cambridge sur des affaires criminelles qui n’ont jamais été éclaircies. Il doit remonter à des évènements souvent très lointains pour suivre les traces de la mystérieuse “Souris Bleue”. Les intrigues se déroulent dans des milieux sociaux très divers, allant de la classe ouvrière à la gentry. Les drames les plus poignants alternent avec les épisodes les plus désopilants, dans lesquels on retrouve le regard caustique de Kate Atkinson sur notre monde moderne…”

 

Cette quatrième de couverture de l’édition de poche résume à mon avis assez bien ce roman d’Atkinson.

 

Trois principales histoires s’y croisent:

En été 1970, Amélia, petite fille attachante, serrant toujours sa “Souris bleue” de ses petites menottes, disparaît mystérieusement alors qu’elle campe dans le jardin avec l’une de ses sœurs ainées.

En 1979, Michelle, jeune mère et jeune mariée, assassine sous le coup de la folie son mari en lui enfonçant une hâche dans le crâne.

En 1994, un inconnu muni d’un couteau fait irruption dans un bureau d’avocats et assassine la fille de l’un d’eux, Laura, venue travailler pour les vacances.

En 2004, leurs proches font appel à Jackson, détective. Le voici investi de trois importantes missions, lui plutôt habitué à gérer les affaires d’infidélité. Retrouver Amélia (ou sa dépouille?), l’enfant de Michelle et le meutrier de Laura, ce ne sera pas une mince affaire..

 

J’avais découvert cette auteure grâce à Dans les coulisses du musée.

Dans La souris bleue, j’ai retrouvé avec plaisir son style assez particulier. Atkinson aime les gros romans, fourmillant de personnages divers, mélangeant les cultures, les caractères, les milieux sociaux; elle aime passer d’une époque à une autre, tisser peu à peu des liens entre les hommes, les lieux et les temps. Et elle le fait avec un véritable humour, parsemé ici et là, très britannique, et avec ironie et acidité, parfois. Plus encore que l’intrigue policière, (j’aurais du mal à le classer parmi les thrillers) ce sont les personnages, l’ambiance, le ton de ce roman qui m’ont accrochés.

Un vrai régal.

challengeabc1.gif 2è roman lu pour le challenge ABC.. Suis déjà à la bourre!

Dispo en poche (LGF), 415 pages environ, 6.50€.


5 comments 22 février, 2008

Le Libraire, de Régis de Sa Moreira

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Ce roman n’est pas une histoire, avec son intrigue et son dénouement.
Ce roman est un conte.
Non. Plutôt, ce roman est poésie.


Ce roman est inclassable.

« Une fois par jour, le libraire était pris d’une tristesse immense.
Cela n’avait rien à voir avec la troisième heure de l’après-midi qui n’était même pas triste et restait quoiqu’il arrive la troisième heure de l’après-midi.
La tristesse immense arrivait à n’importe quelle heure, entrait dans la librairie, inondait tout, les étagères, les livres, gagnait le bureau du libraire et fatalement, assis derrière, le libraire.

Elle atteignit d’abord ses pieds.
Le libraire n’y fit pas attention et les secoua un peu.
Mais la tristesse monta et gagna ses genoux.
Le libraire sut alors qu’elle était là et la sentant s’emparer de lui, il se réfugia dans la salle du haut.
Le libraire cesse de répondre aux poudoupoudoupoudoux qu’il entendait. Les clients pouvaient bien se servir eux-mêmes.
Car la tristesse montait, remplissant à une vitesse croissante toute la librairie, gravissant l’escalier en colimaçon, entrant dans la salle aux livres dépareillés, les emportant sur son passage, cherchant le libraire, ne le trouvant pas, et s’infiltrant sous la porte de la cuisine que le libraire venait de fermer derrière lui.
Le libraire sauta sur un tabouret puis sur la table de la cuisine. Mais il savait bien qu’elle finirait par gagner.
Debout, les jambes tremblantes, sur la table de la cuisine, le libraire attendit alors la tristesse immense qui montait inexorablement jusqu’à lui.
A nouveau, il sentit ses pieds devenir triste puis cela alla très vite, ses genoux, sa taille, ses épaules furent engloutis, la tristesse, comme si elle y prenait plaisir, ralentit, lui sembla-t-il, gravit lentement son cou, puis son visage… et le libraire, tout d’un coup, s’effondra.
Se mit à pleurer toutes les larmes qu’il avait, comme chaque jour, quand la tristesse immense s’emparait de lui.
En bas, les livres entendaient sa peine, se la murmuraient, et se serraient pour le soutenir.
Dans la pièce d’à côté, les livres aux pages arrachées semblaient se rassembler contre la porte de la cuisine.
Seul dans sa cuisine, le libraire pleurait.

Au bout d’un long moment, la tristesse immense commença à diminuer, à baisser, à se retirer et finit par disparaître comme elle était apparue.
Le libraire se prépara une tisane à la rose, alla laver son visage, se regarda longtemps dans la glace, y vit successivement les visages de ses dix frères et sœurs et parvint à sourire.

Lorsqu’il redescendit dans sa librairie, le libraire remarqua d’un seul coup d’œil que quelques livres avaient été volés.
« Enfin des gens qui ne volent pas de la merde », se dit-il rapidement.
Puis il regagna son bureau, ouvrit un livre et oublia d’un coup son immense tristesse. »

 

Avec bonheur, j’ai dévoré la vie de ce libraire, qui ne quitte jamais sa librairie. Il les aime, ses livres. Un drôle de bonhomme, qui a choisi de laisser ses portes ouvertes même la nuit, et dont la vie est rythmée par le son de la clochette d’entrée. Poudoupoudoupoudou…
Ce livre est une succession d’anecdotes, d’instants de vie, et de personnages, car le narrateur décrit magnifiquement chacun de ceux qui passent la porte.. Parmi eux, des clients normaux, d‘autres un peu moins, des couples (qui insupportent le libraire), des personnes qui se sont trompées d’adresse et cherchent un tabac, des témoins de Jéhovah, le facteur, la fleuriste d‘en face, avec laquelle le libraire troque livres contre bouquets… et même un certain Dieu.

C’est plein de poésie, une poésie teintée d’humour et de surréalisme.

Je recommande chaudement, si vous êtes tentés par un joli livre qui évoque de jolis livres.

 

« Pouuuuudouuuupouuuuudouuuuupouuuuudouuuuuuu.
Un homme entra au ralenti dans la librairie.
Le libraire l’attendit longtemps derrière son bureau et l’homme finit par arriver.
- Boooonjouuuuur, dit l’homme au ralenti.
- Bonjour, répondit le libraire en vitesse normale.
- Jeeeeee cheeeeerche deeeees liiiiiivres deeee Maaaaaaarceeeeel Proooooouuuuuuuust.
- Oui, dit le libraire. Lequel?
- Tooooouuuuuuuuuussssssss.
- Très bien.
Le libraire quitta son bureau et se dirigea vers une allée de sa librairie. L’homme marcha derrière lui au ralenti. Le libraire avança le plus lentement possible pour permettre à l’homme de le suivre, puis il sortit plusieurs livres d’une étagère et les tendit à l’homme qui approcha ses mains à une lenteur infinie et saisit, ou plutôt reçut les livres en disant: « Meeeeerrrciiiiiiiiiiii. »
- Je vous en prie, dit le libraire.
Il retourna à son bureau, toujours du plus lentement qu’il pouvait, en faisant attention cependant à ce que l’homme qui progressait derrière lui ne pense pas qu’il l’imitait ou se moquait de lui.
L’homme salua ensuite le libraire, prit un moment pour lui faire un grand sourire, et quitta, toujours au ralenti, la librairie.
Le libraire continua encore un peu de lui rendre son sourire avant de se remettre à lire. »

 

Le libraire, dispo en poche chez LGF, 5.50€.
Publié en 2004, Editions Au diable Vauvert.

Lire aussi: La très belle critique de Google, du Biblioblog.


3 comments 7 janvier, 2008

Le Café de l’Excelsior, de Philippe Claudel

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Viens donc Jules, disait au bout d’un moment un buveur raisonnable, ne réveille pas les morts, ils ont bien trop de choses à faire, sers-nous donc une tournée…

Et Grand-père quittait son piédestal, un peu tremblant, emporté sans doute par le souvenir de cette femme qu’il avait si peu connue, si peu étreinte, et dont la photographie jaunissait au-dessus d’un globe de verre enfermant une natte de cheveux tressés qui avaient été les siens, et quelques pétales de roses à demi tombés en poussière. Il saisissait une bouteille, prenait son vieux torchon à carreaux écossais et, lent comme une peine jamais surmontée, allait remplir les verres des clients.

 

Un homme revient avec nostalgie sur ses trois années de doux bonheur passées auprès de son Grand-père, tenancier d’un café de village. Un bonheur simple, au milieu de gens simples. Ces hommes, qui se fréquentaient depuis l’enfance, n’avaient plus guère besoin des mots pour se parler, ni pour se comprendre, et en se regardant les uns les autres, par-dessus les tapis de velours vert et les jeux de cartes graisseux, c’est comme s’ils voyaient au fond d’eux-mêmes, dans une transparence que les langages, fussent-ils maniés par les plus habiles littérateurs, ne parviennent jamais à sufiler.

 

80 pages à peine réussissent à émouvoir, à nous faire sentir l’odeur de ces lieux poussiéreux et enfumés, saisir la chaleur et l’humanité de ce petit monde clos, ses douleurs et ses joies simples. A travers l’écriture magnifique de Claudel, on s’imagine confortablement installé près du comptoir de zinc, observant ces personnages hauts en couleurs, et portant le fardeau de la vie que les vapeurs d’alcool tentent d’atténuer, comme ce grand-père un peu rustre mais empli de tendresse.

Un très joli moment, petit concentré d’émotion et de poésie.

 

Mais le dimanche, on s’habillait tout de même : les costumes remplaçaient les bleus. La plupart de ces hommes n’en possédaient d’ailleurs qu’un, le plus souvent celui de leur mariage, qui avait traversé les modes, quelques enterrements, ainsi qu’un demi-siècle dans l’entêtante compagnie de la naphtaline. Si certains corps avaient grossi, le costume s’était adapté, et saucissonnait désormais l’individu que jadis il servait galamment. Les gestes dominicaux en subissaient une majesté guindée, une sorte de lenteur et de gêne protocolaire qui finissaient par déteindre sur les conversations, un semblant plus sérieuses.

Même les alcools ingurgités se distinguaient des communs liquides de la semaine : On aimait ce jour-là les pétillants de toutes sortes, et lorsque je rentrais de la messe sous le regard désolé de certains, il régnait dans l’établissement une légèreté électrique qui faisait luire les regards plus que de coutume, comme si tous ces hommes soudain ragaillardis s’apprêtaient à courir au plus proche bal ouvert pour y lever leur première danse.

Le café de l’Excelsior, de P. Claudel (1999)

Disponible en poche chez LGF (4.50€)


2 comments 20 décembre, 2007

Un secret, de Philippe Grimbert

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Comme à mon habitude, je suis toujours la dernière à avoir lu ces livres dont on entend tant parler.

Eh bien, je vais vous dire un secret : Je m’en fous. Et j’ai plutôt tendance à retarder ma lecture si j’ai trop lu, trop vu, trop entendu à propos d’un livre. J’ai le plus souvent envie de découvrir un roman comme si l’auteur lui-même me faisait le gênant cadeau de faire de moi sa première lectrice.

J’avoue, j’aime pourtant me balader à droite à gauche pour lire vos billets et découvrir de nouvelles choses, lire les enthousiasmes et les coups de gueule. Paradoxal ? Heu, oui.

Je reviens à mes moutons : Un secret, de Philippe Grimbert, roman autobiographique auréolé de récompenses.

Philippe a 8 ans. Fils unique, il vit une vie tranquille et simple, entouré de ses parents Tania et Maxime. Il s’est inventé un frère pour partager avec lui ses tristesses et ses joies, imagine les bagarres, dont il sort toujours perdant. Son frère est tout ce qu’il n’est pas, confiant, doué, fort et athlétique comme ses parents. Philippe au contraire est fragile et malingre. Ce frère inventé l’aide à surmonter ses craintes et son sentiment de culpabilité, bien présents, et qui pourtant n’ont pas lieu d’être : “Honteux sans en connaître la cause, souvent coupable sans raison, je retardais le moment de sombrer dans le sommeil“. De quoi cet enfant peut-il se sentir coupable et honteux ? Philippe ne sait pas, mais il sent quelque chose, un non-dit, un silencieux poids tout autour de lui. « Aussi longtemps que possible, j’avais retardé le moment de savoir : je m’écorchais aux barbelés d’un enclos de silence.» Il ne pose pas de question, il ne veut pas réveiller de douleur. Même lorsqu’il découvre ce petit chien aux yeux de bakélite dans une vieille malle au grenier… “Butant sans cesse contre le mur douloureux dont s’étaient entourés mes parents, je les aimais trop pour tenter d’en franchir les limites, pour écarter les lèvres de cette plaie. J’étais décidé à ne rien savoir“.
Quelques années plus tard, sa vieille voisine Louise, sa confidente, lui ouvrira peu à peu les portes du secret.

Un très beau roman sur la question du secret familial, de la culpabilité et du mensonge. Le mensonge, qui permet aux grands blessés de la vie de laisser les plaies les plus douloureuses bien closes. Philippe Grimbert raconte son histoire avec pudeur et subtilité, se dévoile peu à peu. Très touchant.

 

Prix Goncourt des Lycéens 2004 et Prix des Lectrices de Elle 2005. En poche chez LGF, 5.50€.


8 comments 14 décembre, 2007

Le 18, de Ludovic Roubaudi

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Vous l’aurez deviné à sa couverture, dans ce roman Ludovic Roubaudi nous plonge dans l’univers particulier d’une caserne de pompiers. Un petit microcosme réglementé, avec ses codes, mais aussi ses personnages hauts en couleurs qui sortent de leur cocon monotone et sécurisant aussitôt l’alarme hurlant.

 

J’avais été enchantée de son roman Les chiens écrasés, c’est donc avec curiosité – et exigence – que je me suis plongée dans celui-ci.

 

L’un des secrets de Roubaudi, c’est le rythme. Ici, chacun des 24 petits chapitres constitue une petite saynète, maintenus par un fil conducteur, tenant le lecteur en haleine. Mais surtout, on apprécie l’humour, le style vif, le parler franc, les personnages de caractère. Et puis, ça sent le vécu, toutes ces petites anecdotes, parfois tragi-comiques, parfois glauques… Normal, Ludovic Roubaudi, avant d’être cet écrivain prometteur et si atypique, a été… pompier bien sûr (et coursier, homme à tout faire, camelot, journaliste…) Je recommande, surtout si vous avez envie d’être plongé dans un drôle d’univers!

 

Extraits :

 

Lorsque nous sommes arrivés au troisième étage, un jeune couple se disputait. Elle en robe de chambre mauve, les cheveux ébouriffés de sommeil dans l’embrasure de sa porte ; lui sur le palier en pantalon et pull beiges avec chaussures de daim. Elle l’insultait tandis qu’il l’injuriait. Nous bien sûr on imagine tout de suite une querelle d’amoureux. On pense déjà à se taire, à ne surtout prendre parti ni pour l’un ni pour l’autre et ne faire qu’une seule chose : les empêcher de se mettre des beignes. Mais rapidement on se rend compte qu’il n’en est rien. Qu’ils sont juste voisins. Il habite l’appartement du dessus.

 

La femme furieuse l’invective :

 

- Il faut être malade pour aimer ces bêtes-là… totalement dégénéré… de toute façon les hommes qui aiment les serpents ont des problèmes avec leur pénis ! C’est connu ! C’est dans Freud.

 

- Parce que vous pensez vraiment que les chiens c’est mieux !? Vous savez ce qu’on dit des bonnes femmes à clébards ? Hein ? Vous le savez ?

 

- Mais je m’en fiche, mon pauvre garçon, je m’en fiche comme de colin-tampon ! Un chien c’est un animal domestique normal… un animal qui ne se promène pas dans les canalisations…

 

- Les femmes à clébards sont mal baisées… voire pas baisées du tout… et elles prennent des chiens mâles pour compenser.

 

Nous avions beau être des professionnels et parfaitement maîtriser ce genre de situation, nous n’avons pas pu empêcher la femme de flanquer une claque sonore au type. Il l’avait un peu cherché quand même.

 

[…]

 

Allez, hop, un autre pour la route!

 

Tout d’un coup une femme s’est approchée de nous et a demandé sur un ton pète-sec à Malavoie:

- Qu’est-ce que vous faites là?

Il y a une règle à la brigade: sur une intervention, mis à part le plus haut gradé, nous n’avons pas le droit de répondre aux questions du public. Si on nous interroge nous n’avons que le droit de dire: “Je ne sais pas. Adressez-vous à…” et désigner le responsable. Cette règle est là pour éviter la panique. Imaginez un la Gentiane répondre à l’interrogation d’un péquin. Avec sa connerie il serait capable d’effrayer le chaland pour une simple fuite d’eau.

- Rien, madame.

- Comment ça, rien!? Qu’est-ce que c’est que cette réponse à la noix? Si vous êtes là plutôt que dans votre caserne c’est qu’il se passe quelque chose et j’exige de savoir ce que c’est.

- Je ne peux rien vous dire, madame. Voyez cela avec la capitaine.

- Non mais dites donc, ne me prenez pas pour une imbécile. C’est avec mes impôts que vous êtes payés, alors répondez à ma question.

- Madame, je viens de vous dire…

- Ah ça mais c’est trop fort. Non mais regardez-les! Ils sont là vautrés sur leur banquette à se foutre de moi. Mais ça ne va pas se passer comme ça. Donnez-moi votre nom, mon petit père. Je vais m’occuper de vous. Je n’aime pas qu’on m’insulte.

[...]

J’ai voulu intervenir mais mal m’en a pris.

- Vous, le sous-fifre, je ne vous ai rien demandé. Cet individu est bien votre supérieur?

Du doigt elle montrait sa barrette rouge de première classe.

- C’est bien votre supérieur?

- Ben…

- Ben, ben, ben! Quand on ne sait que bêler on évite de se mêler de la conversation des grandes personnes. Retournez à votre digestion… quant à vous, mon drôle, je vais parler de vous en haut lieu.

[...]

 

Le 18 est disponible chez Folio au prix de 4.50€.


4 comments 1 novembre, 2007

Cercueils sur mesure, de Truman Capote

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Voici un tout petit roman, qui semble avoir vocation d’amuse-bouche avant l’énorme De sang froid (en longueur de texte, j’entends, car j’avoue ne pas avoir encore lu le second).

Capote y raconte l’enquête de Jack Pepper à propos d’une série de meurtres étranges et sordides: toutes les victimes ont reçu peu avant leur mort un cercueil miniature contenant une photographie très personnelle… Voilà qui nous met l’eau à la bouche! Le principal suspect: l’intouchable Bob Quinn.

J’ai aimé cette nouvelle, appelons ça comme ça puisque le texte est issu du recueil Musique pour caméléons. Je l’ai trouvée déroutante. D’une part, parce que Capote se met lui même en scène, en ami venu dans cette bourgade aider Pepper dans ses investigations. D’autre part, parce qu’elle est inspirée de faits réels (la page d’introduction campe le décors: “Récit véridique non romancé d’un crime américain”). Et, surtout, le principal suspect est désigné dès les premières pages, mais cela n’altère en rien l’intérêt du récit, car Quinn est un personnage atypique, cynique, à la personnalité dérangeante, il joue avec l’enquêteur, donc avec le lecteur. C’est son caractère qui explique toute la force de ce récit.capote-photo.jpg
Peut-être resterez-vous sur votre faim puisque le coupable n’est pas véritablement démasqué, mais cela a l’intérêt de laisser au lecteur libre cours à son imagination. Les zones d’ombres du récit lui permettent de réfléchir quand à la véritable culpabilité du principal suspect.

En tout cas, j’ai trouvé cette enquête policière parfaitement construite, décrite avec virtuosité, à l’écriture ciselée, fourmillant de détails et teintée d’humour.

Un récit qui m’a donc mis l’eau à la bouche, mais je patienterai un peu avant de découvrir De sang froid, car le film - avec l’excellent Philip Seymour Hoffman - est encore trop frais dans ma tête.

(Et, parfait pour les paniers perçés, Cercueils sur mesure est disponible chez Folio 2€.)


2 comments 11 octobre, 2007

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