Posts filed under 'Livres 3 étoiles ***'

Un été pour mémoire, de Philippe Delerm

“Je me souviens de la fraîcheur dansant le long des canicules: le coton un peu rêche de la robe de maman, rose pâle aquarelle; et d’aquarelle mauve et bleue grand-mère en tablier. Fraîcheur, le verre d’eau sucrée à la fleur d’oranger, fraîcheur le livre blanc glacé, sur le banc le chapeau de paille.”

A l’occasion malheureuse de la mort de sa grand-mère, Stéphane revient sur les terres de son enfance, de ses vacances passées le long de la Garonne, du parfum de la fleur d’oranger, des bâtonnets citron à trente-cinq centimes, “des rêves croisés de filles et Tour de France”…

Il passera là, dans cette maison pleine de souvenirs, son dernier été, mélancolique, avant de repartir dans le tumulte parisien.

S’agit-il vraiment des souvenirs de Stéphane? Le prénom, lorsqu’il apparaît enfin, au bout de presque cent pages, surprend. On aurait juré qu’il s’agissait là de la mémoire de l’écrivain (écrivain, c’est d’ailleurs la profession de son personnage!), tant il décrit merveilleusement les couleurs, les paysages du midi, les parfums, la lumière, les anecdotes de l’enfance, la grand-mère en tablier et le sentiment de nostalgie..

Rafraîchissant et délicat.

Cependant, si vous aimez les romans à intrigue et dénouement, passez votre chemin. Ce roman est une courte tranche de vie.

Disponible en poche chez Folio, 4.80€.

Lettre D du Challenge ABC.


Add comment 17 avril, 2008

Le meilleur des mondes, d’Aldous Huxley

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Que serait-ce, pour vous, que le meilleur des mondes?

Un monde dans lequel chacun serait heureux, dans lequel l’angoisse, le besoin, l’ennui, la douleur n’existeraient plus? Ça fait rêver, n’est-ce pas?

Détrompez-vous. Aldous Huxley a pensé ce monde pour vous, et il fait plutôt frémir

Dans un futur pas si lointain, semble-t-il, la civilisation Fordienne a remplacé la nôtre. Chacun y est heureux, conditionné dès la naissance pour ne connaître que le bonheur. Peut-être ne devrais-je pas parler de “naissance”, puisque les bébés ne naissent plus du ventre de leur mère, mais sont créés dans des bocaux. Le terme même de “mère” est devenu ridicule et tabou.

Dans une grande usine, on crée des individus à la chaîne. Des individus Alphas, Bêtas, Gammas, Epsilons, selon la dose d’intelligence, de force, de beauté qu’on veut bien leur donner, en fonction des futures tâches qu’ils sont destinés à accomplir dans la société, pour la société. On conditionne les enfants grâce à l’hypnopédie, “la plus grande force moralisatrice et socialisatrice de tous les temps”, messages judicieusement choisis en fonction de la caste, qu’on assène aux enfants dans leur sommeil, afin qu’ils ne puissent penser autrement.

“Une infirmière se leva comme ils entraient, et se mit au garde à vous devant le Directeur.

-Quelle est la leçon, cet après-midi? demanda-t-il.
- Nous avons fait du Sexe Élémentaire pendant les quarante premières minutes, répondit-elle. Mais maintenant, on a réglé l’appareil sur le cours élémentaire des Sentiment des Classes Sociales.
Le Directeur parcourut lentement la longue file des petits lits. Roses et détendus par le sommeil, quatre-vingts petits garçon et petites filles étaient étendus, respirant doucement. Il sortait un chuchotement de sous chaque oreiller. Le D.I.C. s’arrêta et, se penchant sur l’un des petits lits, écouta attentivement. [...]
« … sont tous vêtus de vert. » dit une voix douce mais fort distincte commençant au milieu d’une phrase, « et les enfants Deltas sont vêtus de kaki. Oh, non, je ne veux pas jouer avec des enfants Deltas. Et les Epsilons sont encore pires. Ils sont trop bêtes pour savoir lire ou écrire. Et puis, ils sont vêtus de noir, ce qui est une couleur ignoble. Comme je suis content d’être un Bêta. »
Il y eu une pause; puis la voix repris :
« Les enfants Alphas sont vêtus de gris. Ils travaillent beaucoup plus durs que nous, parce qu’ils sont formidablement intelligents. Vraiment, je suis joliment content d’être un Bêta, parce que je ne travaille pas si dur. Et puis, nous sommes bien supérieurs aux Gammas et aux Deltas. Les Gammas sont bêtes. Ils sont tous vêtus de vert, et les enfants Deltas sont vêtus de kaki. Oh, non, je ne veux pas jouer avec des enfants Deltas. Et les Epsilons sont encore pires. Ils sont trop bêtes pour savoir … »
Le Directeur remit l’interrupteur dans sa position primitive. La voix se tut. Ce ne fut plus que son grêle fantôme qui continua à marmotter de sous les quatre-vingts oreillers.
- Ils entendront cela répété encore quarante ou cinquante fois avant de se réveiller; puis, de nouveau , jeudi; et samedi, de même. Cent vint fois, trois fois par semaine, pendant trente mois. Après quoi, ils passeront à une leçon plus avancée.”

Méthode magique, efficace, qui permet à chacun d’être heureux.

Une fois adultes, les Gammas et les Epsilons sont destinés aux travaux les plus simples et répétitifs, et savourent le fait de ne pas avoir à effectuer des tâches trop complexes, dans lesquelles il faudrait se fatiguer à réfléchir. Ils sont créés par dizaine, par centaine, clones immanquablement semblables tant par leur physique que leur attitude. Tout en haut de l’échelle, les Alphas les regardent avec un certain mépris, eux qui jouissent de la beauté, de l’unicité et de l’intelligence. Chacun est ainsi satisfait de sa condition, l’envie ou la jalousie sont des sentiments inconnus. Le plaisir et le bonheur sont les règles de la société fordienne. Chaque individu peut - doit- s’adonner à mille loisirs. Ils occupent l’esprit et font consommer. La maladie et la vieillesse n’existent pas, chacun peut donc jouir de la civilisation en pleine santé.

L’amour n’existe plus. Dès l’enfance, les individus apprennent les plaisirs sexuels, lesquels doivent se pratiquer régulièrement mais surtout, de manière non exclusive. Garder le même partenaire est ridicule, voire même, jugé très sévèrement, car dangereux pour la stabilité de la civilisation. L’amour est un sentiment fort, de même que la colère ou l’orgueil: il sont donc par conséquent nuisibles.

Une amorce de sentiment négatif? Prenez-donc un gramme ou deux de soma, et ça ira mieux. Il vous donnera l’ivresse légère de l’alcool, sans la gueule de bois du lendemain. Deux comprimés, et vous voilà sur votre nuage..

Drôle de monde, hein?

Bien sûr, comme dans tout roman d’anticipation, il y a soit le réfractaire à la société imposée, soit le sauvage qui n’a pas connu la civilisation. Dans celui-ci, nous découvrons le Sauvage, qui posera un regard plus qu’étonné sur ces individus étranges.

Le meilleur des mondes est reconnu pour être l’un des plus grands chefs-d’ oeuvre de l’anticipation. Je connais peu le genre, mais j’apprécie (j’avais dévoré Fahrenheit 451 de Bradbury).

Ici, j’ai découvert avec intérêt toutes les facettes du monde imaginé par Aldous Huxley. Néanmoins, je n’ai pas été réellement prise par l’histoire, et trainé un peu à terminer le livre, trouvant la lecture parfois fastidieuse, et certains passages redondants. Je sais, les puristes vont hurler, mais que voulez-vous, on n’explique pas les raisons qui nous font accrocher - ou non - à un roman.

Disponible en poche chez Pocket.

challengeabc.gif Lettre H de mon challenge ABC.

 


3 comments 3 avril, 2008

Mygale, de Thierry Jonquet

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Après Vargas, j’ai fait une petite entorse à ma poursuite du challenge ABC, en choisissant Mygale, roman qui me fut offert à Noël, après l’établissement de ma fameuse liste et qui n’y figurait donc pas.

S’il me fut offert, ce n’est pas par hasard, car j’avais - fortement - émis le souhait de découvrir Thierry Jonquet, après avoir parcouru sur la blogosphère de nombreux billets positifs, voire élogieux.

C’est donc avec un grand enthousiasme que je m’y suis plongée.

Dans ce polar, plusieurs tranches de vie se croisent :

Celles de Richard Lafargue, grand chirurgien plasticien, et de Eve, avec laquelle il semble entretenir une relation singulière, mêlée d’amour et de haine féroce, que l’auteur va lentement dévoiler.

Celle d’Alex Barny, petit loubard devenu criminel après que son plus gros coup ait mal tourné, et dont la vie consiste désormais à demeurer reclus et caché.

Celle, enfin, de Vincent Moreau, capturé un soir dans une forêt par un homme qui ne semble pas l’avoir choisi par hasard, et qui va lui faire subir les pires sévices, tant au corps qu’à l’âme..

Ces histoires ne semblent pas liées entre elles, mais, vous l’aurez deviné, elles ne nous sont pas racontées par hasard.

Je ne connais pas personnellement Thierry Jonquet mais, à la lecture de son roman, j’avoue que je serai impressionnée, pour ne pas dire terrifiée, de le rencontrer. Il faut tout le machiavéslime d’un esprit torturé pour imaginer une histoire pareille. Un goût pour l’horreur et le glauque, qui ne m’a pas déplu, bien au contraire. Je dois avoir en moi une part de curiosité morbide que j’ignorais. C’est surtout lorsque l’auteur narrait l’histoire de Vincent Moreau que je me délectais, car c’était alors son ravisseur qui parlait (qui LUI parlait). “Il y avait ce goût de terre moisie dans ta bouche, toute cette boue visqueuse sous toi, ce contact tiède et doux contre ton torse - ta chemise s’était déchirée - des odeurs de mousse, de bois pourri. Et puis l’étau de ses mains, autour de ton cou, sur ton visage, des doigts crispés qui te tenaient prisonnier, ce genou arc-bouté contre tes reins et sur lequel il pesait de tout son poids [...] Il haletait, il reprenait son souffle. Toi, tu ne bougeais plus; attendre, simplement attendre. [...] Qui était-il? Un fou? Un sadique draguant dans la forêt? Depuis de longues secondes, vous gisiez tous les deux, douloureusement enlacés dans la boue, guettant votre souffle dans la nuit.” J’ai trouvé cette façon de raconter le martyre du pauvre garçon captivante.

Néanmoins, j’ai été beaucoup moins intéressée par les histoires des autres personnages, et, je l’avoue, un peu gênée par l’écriture de Jonquet lorsqu’il contait la vie de Lafargue, Eve et Barny. Une sensation désagréable de mauvais polar américain, mal raconté, mal dit, entrecoupé de passages grandioses, empreints de psychologie, ceux sur Vincent Moreau. J’ai eu, tout au long de ma lecture, le ressenti d’un roman inégal, et j’ai toujours attendu avec impatience, voire une pointe d’irritation, les passages en italique, ceux qui me narraient le calvaire du prisonnier.

Troublant, malsain, violent. Une fois le livre refermé, je suis restée sur une sensation mitigée. Je gage de tenter prochainement une nouvelle expérience avec Thierry Jonquet, pour voir de quel côté de la balance je pencherai alors. Mais seulement lorsque j’aurai réussi mon challenge (1 livre lu en janvier, je sens que cela va être difficile :) )

Les avis positifs de Val, Nirvana et La Livrophile.

Mygale (1984) est disponible chez Folio Policier au prix de 5.30€, dans la nouvelle édition revisitée par l’auteur en 1995.


2 comments 2 février, 2008

Nous n’irons plus ensemble au canal Saint-Martin

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C’est un de mes petits plaisirs que je me suis accordée au festival Quai des Bulles à Saint-Malo (charmante journée de flâneries et de découvertes d’ailleurs)…

La présentation de l’éditeur, Les enfants rouges:

Nous n’irons plus ensemble au canal Saint-Martin commence un soir pour se terminer le lendemain matin. Pendant ces quelques heures écoulées, nous suivrons 3 histoires. Leurs points communs : un banc, un bar, le canal.

Trois récits, trois dessinateurs, à chacun son histoire, même si elles s’entrelacent parfois. Au scénario, Sibylline et Loïc Dauvillier. Un duo pour trois “face-à-face” , violents, déchirants, émouvants où chacun reprendra sa route. Parce qu’on finit souvent comme on a commencé, seul. Parce que nous n’irons plus ensemble…


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Mon avis: Trois histoires simples et réalistes, avec au bout du crayon (noir) Capucine, Jérome d’Aviau et François Ravard. Une idée originale qui m’a séduite. Trois tranches de vie qui se croisent, teintées de tristesse.
Un joli petit plaisir, même si je n’ai pas toujours accroché au dessin (parfois trop saturé, ou trop imprécis à mon goût). Mais ce n’est que l’avis subjectif d’une - grande- méconnaisseuse!

En prime, j’ai eu droit à, non pas une, mais deux mesdames messieurs, superbes dédicaces! Hi hi..


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Paru en octobre 2007 aux éditions Les enfants rouges, 13.00€.

 


2 comments 24 novembre, 2007

L’élégance du hérisson, de Muriel Barbery

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 J’ai l’ai lu, ce fameux roman, dont j’avais entendu tant d’éloges.

Eh bien cette fois, mon impression ne suit pas l’avis général. Si c’est une merveille, je crois que je suis passée à côté.

Ou plutôt, je suis parfois passée à côté.

Ce livre m’a parfois emballée, parfois profondément agacée, et ce tout du long de sa lecture. J’étais en permanence en dents de scie. D’un chapitre à l’autre, mes sentiments passaient du tout au tout, mais, même dans les moments d’agacement, je n’ai jamais pu le lâcher.

Après sa lecture, je suis retournée faire la visite des blogs, et, quasi seul au milieu des avis élogieux, j’ai trouvé celui d’In Cold Blog. Je me suis beaucoup retrouvée dans son impression, même si la mienne n’est pas aussi dure. Et comme il en parle beaucoup mieux que moi, je vous invite à lire son billet.

L’élégance du Hérisson, c’est avant tout l’histoire de Renée, concierge dans un bel immeuble très bourgeois, veuve, solitaire. Face au monde des riches, elle cultive l’image stéréotypée liée à sa classe sociale :

« Comme je suis rarement aimable, quoique toujours polie, on ne m’aime pas mais on me tolère parce que je correspond si bien à ce que la croyance sociale a aggloméré en paradigme de la concierge d’immeuble que je suis en un des multiples rouages qui font tourner la grande illusion universelle selon laquelle la vie a un sens qui peut être aisément déchiffré. Et puisqu’il est écrit quelque part que les concierges sont vielles, laides et revêches, il est aussi gravé en lettres de feu au fronton du même firmament imbécile que lesdites concierges ont des gros chats velléitaires qui somnolent tout le jour sur des coussins recouverts de taies au crochet.

A semblable chapitre, il est dit que les concierges regardent interminablement la télévision pendant que leurs gros chats sommeillent et que le vestibule de l’immeuble doit sentir le pot-au-feu, la soupe aux choux ou le cassoulet des familles. »

Cachée dans son antre, Renée s’adonne secrètement à ses passions : la littérature, ou encore le cinéma. Pas question que les autres – les riches – comprennent qu’elle est autre chose que la concierge imbécile dont elle s’acharne à véhiculer l’image :

« Plus ardue fut la question de la télévision. Du temps de mon défunt mari, je m’y fis toutefois, parce que la constance qu’il mettait à la regarder m’en épargnait la corvée. Dans le vestibule de l’immeuble parvenaient des bruits de la chose et cela suffisait à pérenniser le jeu des hiérarchies sociales dont, Lucien trépassé, je dus me creuser la tête pour maintenir l’apparence. Vivant, il me déchargeait de l’inique obligation ; mort, il me privait de son inculture, indispensable rempart contre la suspicion des autres. »

C’est donc cela, la petite vie de Renée : Une effroyable angoisse à se faire démasquer. Quoi, une concierge cultivée ? Il est hors de question de bousculer les croyances ancestrales. Renée s’évertue à cacher sa véritable identité. Et, même une fois veuve, elle trouve la solution :

« Un carillon relié à un mécanisme infrarouge m’avertit désormais des passages dans le hall, rendant inutile tout bouton requerrant que les passants y sonnent pour que je puisse connaître leur présence, bien que je sois fort éloignée d’eux. Car en ces occasions, je me tiens dans la pièce du fond, celle où je passe le plus clair de mes heures de loisir et où, protégée des bruits et des odeurs que ma condition m’impose, je peux vivre selon mon cœur sans être privée des informations vitales à toute sentinelle : qui entre, qui sort, avec qui et à quelle heure.

Ainsi, les résidents traversant le hall entendaient les sons étouffés par quoi on reconnaît qu’une télévision est en marche et, en manque plus qu’en veine d’imagination, formaient l’image de la concierge vautrée devant le récepteur. Moi, calfeutrée dans mon antre, je n’entendais rien mais savait que quelqu’un passait. »

Cette petite Renée m’a émue par sa solitude. Mais elle m’a aussi énervée : A quoi bon s’évertuer à faire perdurer un aussi gros cliché ? Les chapitres se succèdent, et je la lis bornée, mais aussi terriblement prétentieuse. Tantôt elle décrit l’imbécillité des résidants, tantôt elle se lance dans une réflexion plus ou moins philosophique sur le camélia.

En parallèle de la vie de cette concierge, on suit celle de Paloma, 12 ans, résidente de l’immeuble, jeune fille surdouée au regard acerbe contre ses semblables. Elle aussi m’a, plus encore que Renée, agacée à de nombreuses reprises. Elle aussi s’acharne à cacher ce qu’elle est : « Il se trouve que je suis très intelligente. Exceptionnellement intelligente, même. […] Comme je n’ai pas trop envie qu’on me remarque et que dans une famille où l’intelligence est une valeur suprême, une enfant surdouée n’aurait jamais la paix, je tente, au collège, de réduire mes performances mais même avec ça, je suis toujours la première. »

Intelligente, elle l’est, certes, il est même parfois frappant de voir le langage utilisé par cette toute jeune fille. Moralisatrice et prétentieuse, elle l’est encore plus. Et sa haute estime d’elle-même ne la pousse pas toujours à réfléchir de manière intelligente: « Depuis très longtemps, je sais que la destination finale, c’est le bocal à poissons, la vacuité et l’ineptie de l’existence adulte. […] C’est pour ça que j’ai pris ma décision : à la fin de cette année scolaire, le jour de mes treize ans, je me suiciderai. » J’irai même loin, Paloma, comme Renée d’ailleurs, tombe dans les travers de ceux qu’elle méprise.

Si ce roman est bourré de clichés, mais il est aussi parfois merveilleusement écrit et, il faut le dire, assez élégant (eh oui) et poétique. Muriel Barbery maîtrise la langue à la perfection, son seul écueil serait peut-être une recherche souvent trop poussée dans le détail des mots, des tournures de phrases. Ce qui laisse une impression de trop, de prétention (ici encore) de la part de l’auteur. De rancœur et de mépris, parfois.

Par ailleurs, j’ai jugé la fin du roman – pour ceux qui l’ont lu - assez prévisible, et injustifiée car inutile.

Mais, au moins, ce roman a la qualité de ne pas laisser indifférent, et, encore une fois, malgré tous les défauts que j’ai pu y trouver, inexplicablement, je ne jamais pu résoudre à l’abandonner. Et cela, pour moi, reste un mystère.

 

Allez, trois étoiles.

Lire l’avis (emballé) de Bernard, du Blog des livres, et celui (élogieux) de Anno-So, de la Conjuration des livres.

Lire aussi bien sûr celui (beaucoup plus réservé) d’In Cold Blog.

 


6 comments 22 novembre, 2007

Les amants, de Philippe Besson

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 Voici une nouvelle de moins de cent pages, publiée avec l’un des numéros du magazine Elle, que j’ai dénichée parmi beaucoup d’autres bouquins dans une braderie au profit du Secours populaire, et dont j’étais revenue totalement enchantée.

C’est une nouvelle, donc, par sa longueur, mais à mon sens elle ressemble plus à un court roman par sa structure.

L’histoire:

” Elle tente de mesurer la nécessité qui les pousse l’un vers l’autre, cette certitude absolue, incroyable qu’ils sont faits l’un pour l’autre, qu’ils doivent être ensemble, que c’est impossible autrement. Elle est saisie de vertige mais pas vraiment effrayée. Elle aime la sensation du vertige. Elle n’a jamais hésité à traverser des ponts tendus au-dessus de précipices. Il sera là demain.”

Jeanne est écrivain à succès; elle rencontre un soir Vincent, comédien débutant de quinze ans son cadet, et dont la première phrase sera: “Qu’est-ce qui vous rend si malheureuse?”

Mon avis: Une belle écriture, mais qui parfois frôle (à mon goût) l’eau de rose. C’est une histoire d’amour, et j’avoue ne pas en être friande. S’agissant d’une nouvelle, je m’attendais à un récit plus rythmé, avec une chute. C’est assez mou finalement. Quelques passages intéressants cependant, ceux qui décrivent le travail d’écriture de Jeanne (Ne serait-ce pas les confessions intimes de Philippe Besson en filigrane?)

Je vous laisse un extrait:

« Le roman s’intitule « Les Yeux du Père ». On pourra se le procurer en librairie à la fin août. Pas de jaquette, pas besoin: son nom suffit. Pour l’heure, elle corrige ses épreuves, fenêtres grandes ouverts sur le jardin. Elle sait que le livre existe désormais, que rien ne pourra l’arrêter, que c’est reparti pour la comédie.
En réalité, elle est impatiente de se retrouver dans la fosse aux lions. Elle s’est accoutumée à la férocité, aux sarcasmes. Plus de vingt ans que ça dure. Elle y a pris goût, est armée pour lutter, sait déjà à qui elle va déplaire (…)
Quelques-uns s’extasieront tout de même, presque en nombre équivalent : elle a ses supporters. Ceux-là assureront qu’elle est un monstre sacré, l’un des derniers, et qu’elle parvient encore à sidérer, à se surpasser. Ils salueront l’écriture ciselée, le mot très sûr, les trouvailles géniales. Ce sera reparti pour la comédie. Chacun y interprète son rôle. Il n’y a pas de mal à ça. »

 

La nouvelle n’a pas été publiée à ma connaissance, vous ne la trouverez donc pas à vendre chez Julliard (éditeur de Besson). Reste à trouver quelques lectrices de Elle..


2 comments 15 juin, 2007

Mémoire courte, de Nicolas Rey

 

Me voilà bien ennuyée. J’ai refermé ce livre il y a deux semaines environ, et j’ai délibérément attendu pour écrire une note à son propos car j’étais vraiment dans le flou. Je ne savais pas trop si j’avais aimé, si je l’avais trouvé bon ou pas. Drôle de sensation, assez perturbante et désagréable au demeurant. Donc je me suis convaincue de patienter un peu, et le temps allait éclaircir mes idées.

Eh bien pas du tout. Deux semaines plus tard, je ne suis toujours pas au point, pire même, j’ai déjà quasi oublié ce livre. D’où son titre, peut-être??!

 

Donc je reprends la 4ème de couverture:

Gabriel, 31 ans, se marie et , dans quinze jours, s’installe avec sa nouvelle femme, Sophie. Ce qui signifie: Quitter l’appartement de l’avenue Junot et les retours au petit matin, ralentir la dope, l’alcool, et les conquêtes… Mourir un peu, en somme. Alors Gabriel s’enivre, tombe vaguement amoureux et, dans un bel élan de lâcheté, refuse toujours de grandir.

 

Voici donc mes - vagues - impressions. Je ne me suis pas vraiment ennuyée, ni forcée à lire ce livre. C’est déjà un bon point. Par contre je n’ai pas accroché à cette histoire de trentenaire paumé, qui hésite, qui ne sait pas ce qu’il veut ni qui il aime, qui est lâche et donc cruel, car la lâcheté fait des dégâts. Il paraît que c’est l’homme moderne. Oui, n’exagérons pas tout de même, tous les hommes ne sont pas aussi cons, dieu soit loué, sinon que ce serait fatigant. Un portrait un peu exagéré donc, et un peu lassant aussi, décide-toi mon pauvre Gabriel, tu me fatigues.. Et puis je n’y ai pas trop cru à cette histoire, à cet homme qui décide de se marier on se demande bien pourquoi, et qui flippe.

L’écriture est intéressante, les phrases courtes et simples, assez crues.

Je suis donc toujours aussi perdue, ça n’était pas un mauvais moment de lecture non plus. Donc je coupe à peu près la poire en deux, et je mets 3 étoiles.

 

Mémoire courte, Prix de Flore 2000.

Dispo en poche chez J’ai Lu pour 4.20€.

 


3 comments 10 juin, 2007

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