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L’écume des jours, de Boris Vian

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Célébrissime roman de Boris Vian, dont je viens seulement de tourner la dernière page.

 

L’histoire: Colin, jeune et riche, cherche l’amour. Il rencontre Chloé, qui porte le nom de son morceau préféré, un standard du jazz interprété par Duke Ellington. Ils tombent amoureux et se marient. Chick, l’ami de toujours, rencontre Alise. Ils s’aiment aussi, mais leur amour est mis à mal par la vénération que Chick porte à l’écrivain Jean-Sol Partre. Un jour, Chloé se met à tousser, malade d’un nénuphare dans le poumon.

Mon avis: Alors que le pianocktail égrène les notes des mélanges alcoolisés, les anguilles coulent dans les canalisations…

J’ai été au départ assez décontenancée par ce roman. Est-ce que j’aimais? Pfff… Je n’en savais rien du tout. C’est une drôle de sensation, plutôt rare, ce qui montre bien la particularité de cet auteur. J’avais été éblouie par “J’irai cracher sur vos tombes”, à l’écriture réaliste et crue, et je ne m’attendais pas à cette écriture là pour “L’écume des jours”, tellement différente. Comme une petite musique en fait, mais de ces musiques que l’on apprécie au bout de plusieurs écoutes, parce que la première laisse comme un goût de “je ne sais pas, j’avais jamais entendu ça avant”. Ca déstabilise. Vian joue avec les mots, réinvente les objets et les expressions, transforme la réalité et nous dévoile un joli monde surréaliste. Il joue sur les niveaux de langue comme le faisait Queneau, passant du grossier ou familier au style le plus relevé. C’est bizarre, frais, parfois drôle, triste aussi.

Dans ce monde, les murs des maisons rétrécissent, les souris se taillent des sucettes dans le savon des salles de bain, les carreaux cassés repoussent, les pharmaciens utilisent les appareils digestifs des lapins pour la préparation des pilules… On y danse le biglemoi (”bigle-moi”! Regarde-moi!), on appelle les “pompeurs” pour éteindre le feu, on mange - réellement - avec un lance-pierres, on tue avec un arrache-coeurs…

Extraits:

“Nicolas achevait de soigner la souris et lui fabriquait une petite paire de béquilles en bambou.

- Voilà… conclut-il. Marche avec ça jusqu’à ce soir et il n’y paraîtra plus.

- Qu’est-ce qu’elle a? demanda Colin en lui caressant la tête.

- Elle a voulu nettoyer les carreaux du couloir! dit Nicolas. Elle y est arrivée, mais ça lui a fait mal.

- Ne te soucie pas de ça, dit Colin, ça reviendra tout seul.

- Je ne sais pas, dit Nicolas. C’est bizarre. On dirait que les carreaux respirent mal.”

“L’administration donnait beaucoup d’argent à Colin, mais c’était trop tard. Il devait, maintenant, monter chez des gens, tous les jours. On lui remettait une liste et il annonçait les malheurs un jour avant qu’ils n’arrivent. Tous les jours, il se rendait dans les quartiers populeux ou bien dans les beaux quartiers. Il montait des tas de marches. Il était très mal reçu. On lui lançait à la tête des objets lourds et blessants, et des mots durs et pointus, et on le mettait à la porte. Il touchait de l’argent pour cela et donnait satisfaction. Il conserverait ce travail. La seule chose qu’il pouvait faire, c’était cela, se faire mettre à la porte. La fatigue le tenaillait, lui soudait les genoux, lui creusait la figure. Ses yeux ne voyaient plus que les laideurs des gens. Sans cesse, il annonçait les malheurs à venir. Sans cesse on le chassait, avec des coups, des cris, des larmes, des injures. Il monta les deux marches et suivit le couloir et frappa, reculant d’un pas sitôt après. Quand les gens voyaient sa casquette noire, ils savaient et le maltraitaient, mais Colin ne devait rien dire, on le payait pour ce travail. La porte s’ouvrit. Il prévint et partit. Un lourd morceau de bois l’atteignit dans le dos.
Il chercha sur la liste le nom suivant et vit que c’était le sien.”

“- Je ne sais pas ce qu’il y a, dit-il.

- Moi non plus, dit colin, mais c’est anormal.

- Oui, dit Chick, nettement. Je vais essayer sans regarder.

Il prit une quatrième cravate et l’enroula négligemment autour du cou de Colin, en suivant des yeux le vol d’un brouzillon, d’un air très intéressé. Il passa le gros bout sous le petit, le fit revenir dans la boucle, un tour vers la droite, le repassa dessous, et par malheur, à ce moment là, ses yeux tombèrent sur son ouvrage et la cravate se referma brutalement, lui écrasant l’index. Il laissa échapper un gloussement de douleur.

- Bougre de néant! dit-il. La vache!

- Elle t’a fait mal? demanda Colin compatissant.

Chick se suçait vigoureusement le doigt.

- Je vais avoir l’ongle tout noir! dit-il.

- Mon pauvre vieux! dit Colin.

Chick marmonna quelque chose et regarda le cou de Colin.

- Minute!… souffla-t-il. Le noeud est fait!… Bouge pas!…

Il recula avec précaution, sans le quitter des yeux, et saisit sur la table, derrière lui, une bouteille de fixateur à pastel. Il porta lentement à sa bouche l’extrémité du petit tube à vaporiser et se rapprocha sans bruit. Colin chantonnait en regardant ostensiblement le plafond.

Le jet de pulvérin frappa la cravate en plein milieu du noeud. Elle eut un soubresaut rapide et s’immobilisa, clouée à sa place par le durcissement de la résine.”

A lire, vraiment. C’est tellement étrange, et si avant-gardiste, même 60 ans après. J’ai été fascinée par le ton et les mots. Un bémol tout de même, l’histoire ne m’a pas emballée tout autant. Pour Raymond Queneau (ami de Vian), cette oeuvre est “le plus poignant des romans d’amour contemporains”. L’histoire ne m’a pas tellement touchée (point trop d’émotions, encore moins de larmes..)

Mais quand même, A LIRE!

L’écume des jours est dispo en poche chez LDP pour 6.00€.

Il existe aussi une adaptation du roman en bande-dessinée par Benoît Preteseille, “L’écume d’écume des jours”, pour 12.00€. Je ne connais pas mais je serais curieuse de voir le parti-pris du dessinateur pour illustrer un monde si original.


4 comments 1 juin, 2007

J’irai cracher sur vos tombes, de Boris Vian

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En farfouillant à droite à gauche, on s’aperçoit vite que ce roman crée bien des polémiques. Je vous jette pêle-mêle quelques opinions de lecteurs:

 

“Un de ces petits chefs-d’oeuvre comme je les aime, c’est-à-dire qui allient intelligence, provocation et sens de l’humour.”

“Tristement vulgaire et franchement sans intéret”

“Loin d’être un sommet de l’art”

“Ce livre plaît car il percute, il harponne notre conscience”

“Percutant. C’est le seul mot que j’ai trouvé pour décrire l’effet que m’a fait ce livre.”

 

L’histoire: Un bibliothécaire s”installe dans une petite ville des Etats-Unis. Petit à petit, de par ses offrandes alcoolisées, il parvient à devenir le play-boy du coin. Ensuite, il passe vite aux petites bourgeoises…pourquoi les séduit-il? Par envie sexuelle, oui certainement… mais il cache aussi un lourd secret, que je vous laisse découvrir…

Que vous aimiez ou que vous détestiez, une chose est sûre: ce petit bouquin là ne vous laissera pas indifférent.

J’irai cracher sur vos tombes a été publié sous le nom de Vernon Sullivan: Boris Vian a inventé ce personnage car certains de ses écrits étaient et sont toujours trop sulfureux, c’est le cas de ce roman. C’est un roman maudit, qui a empoisonné la vie de l’auteur, en lui collant sur le dos un procès qui l’épuisera physiquement et mentalement. Il dérange encore aujourd’hui, imaginez donc son impact dans l’après-guerre encore puritaine. Ecrit à la suite d’un pari en 1946, ce pastiche de roman noir américain, best-seller, fut jugé à l’époque immoral et pornographique, ce qui amena d’ailleurs son interdiction en 1949 et la condamnation de Vian pour outrage aux bonnes moeurs. Violence, sadisme, pédophilie, le bouquin est à la fois choquant, brutal et dérangeant. Pour ma part, je l’ai trouvé foudroyant et terriblement efficace. Il met mal à l’aise. Il sort des sentiers battus. D’un style que vous ne retrouverez que chez Boris Vian.
J’ai adoré. Mais je peux comprendre qu’on le déteste.

J’irai cracher sur vos tombes est disponible en poche chez LGF au prix de 5.00€.


1 comment 1 juin, 2007


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