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Le 18, de Ludovic Roubaudi

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Vous l’aurez deviné à sa couverture, dans ce roman Ludovic Roubaudi nous plonge dans l’univers particulier d’une caserne de pompiers. Un petit microcosme réglementé, avec ses codes, mais aussi ses personnages hauts en couleurs qui sortent de leur cocon monotone et sécurisant aussitôt l’alarme hurlant.

 

J’avais été enchantée de son roman Les chiens écrasés, c’est donc avec curiosité – et exigence – que je me suis plongée dans celui-ci.

 

L’un des secrets de Roubaudi, c’est le rythme. Ici, chacun des 24 petits chapitres constitue une petite saynète, maintenus par un fil conducteur, tenant le lecteur en haleine. Mais surtout, on apprécie l’humour, le style vif, le parler franc, les personnages de caractère. Et puis, ça sent le vécu, toutes ces petites anecdotes, parfois tragi-comiques, parfois glauques… Normal, Ludovic Roubaudi, avant d’être cet écrivain prometteur et si atypique, a été… pompier bien sûr (et coursier, homme à tout faire, camelot, journaliste…) Je recommande, surtout si vous avez envie d’être plongé dans un drôle d’univers!

 

Extraits :

 

Lorsque nous sommes arrivés au troisième étage, un jeune couple se disputait. Elle en robe de chambre mauve, les cheveux ébouriffés de sommeil dans l’embrasure de sa porte ; lui sur le palier en pantalon et pull beiges avec chaussures de daim. Elle l’insultait tandis qu’il l’injuriait. Nous bien sûr on imagine tout de suite une querelle d’amoureux. On pense déjà à se taire, à ne surtout prendre parti ni pour l’un ni pour l’autre et ne faire qu’une seule chose : les empêcher de se mettre des beignes. Mais rapidement on se rend compte qu’il n’en est rien. Qu’ils sont juste voisins. Il habite l’appartement du dessus.

 

La femme furieuse l’invective :

 

- Il faut être malade pour aimer ces bêtes-là… totalement dégénéré… de toute façon les hommes qui aiment les serpents ont des problèmes avec leur pénis ! C’est connu ! C’est dans Freud.

 

- Parce que vous pensez vraiment que les chiens c’est mieux !? Vous savez ce qu’on dit des bonnes femmes à clébards ? Hein ? Vous le savez ?

 

- Mais je m’en fiche, mon pauvre garçon, je m’en fiche comme de colin-tampon ! Un chien c’est un animal domestique normal… un animal qui ne se promène pas dans les canalisations…

 

- Les femmes à clébards sont mal baisées… voire pas baisées du tout… et elles prennent des chiens mâles pour compenser.

 

Nous avions beau être des professionnels et parfaitement maîtriser ce genre de situation, nous n’avons pas pu empêcher la femme de flanquer une claque sonore au type. Il l’avait un peu cherché quand même.

 

[…]

 

Allez, hop, un autre pour la route!

 

Tout d’un coup une femme s’est approchée de nous et a demandé sur un ton pète-sec à Malavoie:

- Qu’est-ce que vous faites là?

Il y a une règle à la brigade: sur une intervention, mis à part le plus haut gradé, nous n’avons pas le droit de répondre aux questions du public. Si on nous interroge nous n’avons que le droit de dire: “Je ne sais pas. Adressez-vous à…” et désigner le responsable. Cette règle est là pour éviter la panique. Imaginez un la Gentiane répondre à l’interrogation d’un péquin. Avec sa connerie il serait capable d’effrayer le chaland pour une simple fuite d’eau.

- Rien, madame.

- Comment ça, rien!? Qu’est-ce que c’est que cette réponse à la noix? Si vous êtes là plutôt que dans votre caserne c’est qu’il se passe quelque chose et j’exige de savoir ce que c’est.

- Je ne peux rien vous dire, madame. Voyez cela avec la capitaine.

- Non mais dites donc, ne me prenez pas pour une imbécile. C’est avec mes impôts que vous êtes payés, alors répondez à ma question.

- Madame, je viens de vous dire…

- Ah ça mais c’est trop fort. Non mais regardez-les! Ils sont là vautrés sur leur banquette à se foutre de moi. Mais ça ne va pas se passer comme ça. Donnez-moi votre nom, mon petit père. Je vais m’occuper de vous. Je n’aime pas qu’on m’insulte.

[...]

J’ai voulu intervenir mais mal m’en a pris.

- Vous, le sous-fifre, je ne vous ai rien demandé. Cet individu est bien votre supérieur?

Du doigt elle montrait sa barrette rouge de première classe.

- C’est bien votre supérieur?

- Ben…

- Ben, ben, ben! Quand on ne sait que bêler on évite de se mêler de la conversation des grandes personnes. Retournez à votre digestion… quant à vous, mon drôle, je vais parler de vous en haut lieu.

[...]

 

Le 18 est disponible chez Folio au prix de 4.50€.


4 comments 1 novembre, 2007

Les chiens écrasés, de Ludovic Roubaudi

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J’ai acheté ce livre par hasard, intriguée par sa couverture, et ce fut une jolie découverte. Mon premier livre de Ludovic Roubaudi, semble-t-il déjà reconnu pour son livre Le 18, mais dont personnellement, je l’avoue, j’ignorais tout.

 

 

L’histoire: Ils sont deux: l’un qui scrute et qui scripte, l’autre qui cadre et qui cliche. Deux “vautours de la misère”, deux journalistes. Le tandem s’importe dans un infime patelin où, à ce que dit l’histoire, un tyran de supérette a affamé des SDF en cadenassant ses poubelles. Mais c’est alors, attaque en piqué du destin, que s’invite dans le décor une jolie blonde, Mademoiselle, qui trouble l’un des deux drilles… (4ème de couverture)

 

Extrait:

 

” - Non… mais tu comprends…

- Non je ne comprends pas! Je ne comprends rien du tout moi! Et même si tu m’expliquais je ne comprendrais toujours pas! Comment peut-on passer à côté alors que c’est sous ton nez?

- Oui, mais là…

- Là, quoi !!! Là quoi bordel! La rédaction de France Info est à Paris et elle décroche l’info. Alors que toi qui es sur place tu ne vois rien rien, tu n’entends rien. C’est inacceptable, tu m’entends… je parie que tu étais encore au bar du PMU.

- Euh… mais non… enfin…

- C’est ça, prends-moi pour un con. Maintenant tais-toi et écoute! Je veux sur mon bureau pour ce soir dix-sept heures sept mille signes sur cette histoire de SDF et de poubelles. Compris?

- Sept mille…

- C’est ça ou la porte, Martingal. Et ce n’est pas une menace, c’est une promesse.

Martingal a raccroché et nous a remarqués. Il a eu un petit sourire gêné. Nous, on a fait ceux qui ne comprenaient pas mais on l’a invité à boire un verre pour le remonter

[...]

Une fois au bar, il s’est lâché sur son engueulade.

- J’en ai marre. Ce métier à la con me fait suer… Il faut toujours être sur la brèche, toujours à l’affût. Je n’en peux plus. Je n’ai pas une minute à moi. Ah si jamais je touchais un jour “LE” tiercé! alors là les copains je vous dis pas la java. Et puis j’enverrais chier très loin l’autre naze et son journal et je me payerais un haras… “

Mon avis: Ce livre s’avale en deux temps trois mouvements, un livre qui mêle humour et cynisme, habilement écrit. Les dialogues sont savoureux et la description de cette presse qui se vend sur de glauques faits divers est jubilatoire. Un excellent moment de lecture, que je recommande pour son style très original.

 

 

Les chiens écrasés, édition Le dilettante, 2006, 16.00€.

 

Edit: Pour un autre avis (je viens de chercher à droite à gauche, ils sont peu nombreux), lire l’article de Alexandra Morardet sur le site de Arte:

Extrait : “Les chiens écrasés est une chronique douce-amère sur l’univers des journalistes fouineurs, ” vautours de la misère ” qui, par monts et par vaux, s’échinent à alimenter de manière éhontée, la rubrique des faits divers.
Le Troisième livre de Ludovic Roubaudi, est un roman noir, cynique non dénué d’humour dans lequel, il dresse une galerie de portraits loufoques dont on ne peut que se délecter.

 


4 comments 14 juin, 2007


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