Fahrenheit 451, de Ray Bradbury
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451 degrés Fahrenheit représentent la température à laquelle un livre s’enflamme et se consume.
Amateurs de science-fiction bardée de lasers et de vaisseaux intergalactiques, passez votre chemin. Réfractaires de principe à la SF, comme j’ai pu l’être, attendez donc un peu. Ce livre est le petit bijou qui vous fera changer d’avis.
L’histoire: Ray Bradbury nous présente une société à venir, dans laquelle la lecture, source de connaissance, de questionnement et de réflexion est désormais considérée comme un acte antisocial. Les pompiers traquent les anticonformistes et brûlent tous les livres existant encore et dont la détention est interdite pour le bien collectif.
Montag, l’un des pompiers pyromanes, se met pourtant à rêver d’un monde différent, qui ne bannirait pas la littérature et l’imaginaire au profit d’un bonheur immédiatement consommable. Il devient dès lors un dangereux criminel, pourchassé par une société qui désavoue son passé.
Mon avis: Dans cette société, tout le monde regarde inlassablement la télévision, tout le monde suit l’avis commun, personne ne réfléchit, tout le monde dénonce ceux jugés en dehors de la ligne de pensée correcte.
Drôle d’ironie, ce bouquin qui se voulait d’anticipation dans les années 50 se retrouve aujourd’hui curieusement proche de la réalité.
Bradbury porte un regard visionnaire sur la technologie, la société et l’évolution des mentalités. La télévision rentre dans les chaumières et Bradbury parle déjà d’écrans géants sur les murs, d’écouteurs dans les oreilles; les programmes télévisés sont absurdes et abrutissants, bref, singulièrement semblables aux nôtres. Le livre traite de l’individualisme, du manque de communication entre individus (les contacts se font souvent par l’intermédiaire de ces écrans géants).
Avec une subtilité et une justesse sidérantes, le futur décrit par Bradbury est troublant, car si proche de notre quotidien, où l’individu est broyé par la société, abruti et jeté dans une surenchère de loisirs idiots et de plaisirs violents.
Quelques extraits:
“Je bazarde les enfants à l’école neuf jours sur dix . Je n’ai à les supporter que trois jours par mois à la maison ; ce n’est pas la mer à boire. On les fourre dans le salon et on appuie sur le bouton. C’est comme une lessive ; on enfourne le linge dans la machine et on claque le couvercle.”“Ce que vous recherchez, Montag, se trouve dans le monde, mais le seul moyen, pour l’homme de la rue, d’en connaître quatre-vingt-dix-neuf pour cent, ce sont les livres. Ne demandez pas de garanties. Et n’attendez pas le salut d’une seule source, individu, machine ou bibliothèque. Contribuez à votre propre sauvetage, et si vous vous noyez, au moins mourez en sachant que vous vous dirigez vers le rivage.”
Fahrenheit 451 est un roman de science-fiction conceptuelle. Il nous pousse à une vraie réflexion sur la liberté d’expression, les dérives auroritaires de notre société, l’endoctrinement (télévisuel notamment), le conformisme. C’est un régal qui fait froid dans le dos. Une mise en garde contre le cynisme du temps, l’uniformisation et la pauvreté intellectuelle du “mass media”.
Inversion des valeurs (les pompiers mettent le feu), abrutissement des masses par la consommation, démocratie bidon, chasse aux “subversifs”, révocation des profs dont l’enseignement dérange, discours uniformisé par le biais de la télévision… Bradbury avait vu juste. Son cauchemar tend à devenir notre réalité.
Mais, au-delà de cet aspect, qui à lui seul justifie la nécessité de lire ce livre, il faut dire aussi que Bradbury écrit remarquablement, sait nous tenir en haleine et nous passionner jusqu’au bout!
Vous voilà convaincus?
Fahrenheit 451, de Ray Bradbury. 1953
Disponible en poche chez Folio SF, 4.60€.
Porté à l’écran par François Truffaut en 1966.
2 comments 31 mai, 2007
