Le meilleur des mondes, d’Aldous Huxley
3 avril, 2008

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Que serait-ce, pour vous, que le meilleur des mondes?
Un monde dans lequel chacun serait heureux, dans lequel l’angoisse, le besoin, l’ennui, la douleur n’existeraient plus? Ça fait rêver, n’est-ce pas?
Détrompez-vous. Aldous Huxley a pensé ce monde pour vous, et il fait plutôt frémir…
Dans un futur pas si lointain, semble-t-il, la civilisation Fordienne a remplacé la nôtre. Chacun y est heureux, conditionné dès la naissance pour ne connaître que le bonheur. Peut-être ne devrais-je pas parler de “naissance”, puisque les bébés ne naissent plus du ventre de leur mère, mais sont créés dans des bocaux. Le terme même de “mère” est devenu ridicule et tabou.
Dans une grande usine, on crée des individus à la chaîne. Des individus Alphas, Bêtas, Gammas, Epsilons, selon la dose d’intelligence, de force, de beauté qu’on veut bien leur donner, en fonction des futures tâches qu’ils sont destinés à accomplir dans la société, pour la société. On conditionne les enfants grâce à l’hypnopédie, “la plus grande force moralisatrice et socialisatrice de tous les temps”, messages judicieusement choisis en fonction de la caste, qu’on assène aux enfants dans leur sommeil, afin qu’ils ne puissent penser autrement.
“Une infirmière se leva comme ils entraient, et se mit au garde à vous devant le Directeur.
-Quelle est la leçon, cet après-midi? demanda-t-il.
- Nous avons fait du Sexe Élémentaire pendant les quarante premières minutes, répondit-elle. Mais maintenant, on a réglé l’appareil sur le cours élémentaire des Sentiment des Classes Sociales.
Le Directeur parcourut lentement la longue file des petits lits. Roses et détendus par le sommeil, quatre-vingts petits garçon et petites filles étaient étendus, respirant doucement. Il sortait un chuchotement de sous chaque oreiller. Le D.I.C. s’arrêta et, se penchant sur l’un des petits lits, écouta attentivement. [...]
« … sont tous vêtus de vert. » dit une voix douce mais fort distincte commençant au milieu d’une phrase, « et les enfants Deltas sont vêtus de kaki. Oh, non, je ne veux pas jouer avec des enfants Deltas. Et les Epsilons sont encore pires. Ils sont trop bêtes pour savoir lire ou écrire. Et puis, ils sont vêtus de noir, ce qui est une couleur ignoble. Comme je suis content d’être un Bêta. »
Il y eu une pause; puis la voix repris :
« Les enfants Alphas sont vêtus de gris. Ils travaillent beaucoup plus durs que nous, parce qu’ils sont formidablement intelligents. Vraiment, je suis joliment content d’être un Bêta, parce que je ne travaille pas si dur. Et puis, nous sommes bien supérieurs aux Gammas et aux Deltas. Les Gammas sont bêtes. Ils sont tous vêtus de vert, et les enfants Deltas sont vêtus de kaki. Oh, non, je ne veux pas jouer avec des enfants Deltas. Et les Epsilons sont encore pires. Ils sont trop bêtes pour savoir … »
Le Directeur remit l’interrupteur dans sa position primitive. La voix se tut. Ce ne fut plus que son grêle fantôme qui continua à marmotter de sous les quatre-vingts oreillers.
- Ils entendront cela répété encore quarante ou cinquante fois avant de se réveiller; puis, de nouveau , jeudi; et samedi, de même. Cent vint fois, trois fois par semaine, pendant trente mois. Après quoi, ils passeront à une leçon plus avancée.”
Méthode magique, efficace, qui permet à chacun d’être heureux.
Une fois adultes, les Gammas et les Epsilons sont destinés aux travaux les plus simples et répétitifs, et savourent le fait de ne pas avoir à effectuer des tâches trop complexes, dans lesquelles il faudrait se fatiguer à réfléchir. Ils sont créés par dizaine, par centaine, clones immanquablement semblables tant par leur physique que leur attitude. Tout en haut de l’échelle, les Alphas les regardent avec un certain mépris, eux qui jouissent de la beauté, de l’unicité et de l’intelligence. Chacun est ainsi satisfait de sa condition, l’envie ou la jalousie sont des sentiments inconnus. Le plaisir et le bonheur sont les règles de la société fordienne. Chaque individu peut – doit- s’adonner à mille loisirs. Ils occupent l’esprit et font consommer. La maladie et la vieillesse n’existent pas, chacun peut donc jouir de la civilisation en pleine santé.
L’amour n’existe plus. Dès l’enfance, les individus apprennent les plaisirs sexuels, lesquels doivent se pratiquer régulièrement mais surtout, de manière non exclusive. Garder le même partenaire est ridicule, voire même, jugé très sévèrement, car dangereux pour la stabilité de la civilisation. L’amour est un sentiment fort, de même que la colère ou l’orgueil: il sont donc par conséquent nuisibles.
Une amorce de sentiment négatif? Prenez-donc un gramme ou deux de soma, et ça ira mieux. Il vous donnera l’ivresse légère de l’alcool, sans la gueule de bois du lendemain. Deux comprimés, et vous voilà sur votre nuage..
Drôle de monde, hein?
Bien sûr, comme dans tout roman d’anticipation, il y a soit le réfractaire à la société imposée, soit le sauvage qui n’a pas connu la civilisation. Dans celui-ci, nous découvrons le Sauvage, qui posera un regard plus qu’étonné sur ces individus étranges.
Le meilleur des mondes est reconnu pour être l’un des plus grands chefs-d’ oeuvre de l’anticipation. Je connais peu le genre, mais j’apprécie (j’avais dévoré Fahrenheit 451 de Bradbury).
Ici, j’ai découvert avec intérêt toutes les facettes du monde imaginé par Aldous Huxley. Néanmoins, je n’ai pas été réellement prise par l’histoire, et trainé un peu à terminer le livre, trouvant la lecture parfois fastidieuse, et certains passages redondants. Je sais, les puristes vont hurler, mais que voulez-vous, on n’explique pas les raisons qui nous font accrocher – ou non – à un roman.
Disponible en poche chez Pocket.
Lettre H de mon challenge ABC.
Entry Filed under: HUXLEY Aldous, Litt. contemporaine, Livres 3 étoiles ***, Pays anglophones, SF et anticipation. .
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1.
praline | 14 avril, 2008 at 11:10
Souvenir lointain de ce livre. Il me semble qu’il m’avait bien plu.
2.
Nanne | 14 avril, 2008 at 9:16
Souvenir antédiluvien d’un livre qui m’avait donné des frissons d’horreur à l’époque. Pour un livre d’anticipation, je crois que Huxley a réussi un coup de maître, un peu comme Orwell et son “1984″ ou “Le meilleur des mondes” de Wells. A frémir ….
3.
Lilie | 17 avril, 2008 at 9:14
Si toutes les critiques que j’ai pu lire à propos de ce roman sont élogieuses, j’avoue que je n’ai pas été tellement prise par l’histoire.. par contre j’ai trouvé très intéressante la description de ce drôle de monde..
4.
Stefphyo | 29 mai, 2008 at 1:05
Cela fait bien longtemps que j’ai lu ce livre. J’en garde un bon souvenir et un univers qui fait peur. Espérons que nous n’en n’arriverons jamais là!
5. Blog-O-Book » Le me&hellip | 3 février, 2009 at 11:18
[...] Biblioblog, Geishanellie, La tête dans les bouquins, Librheri [...]