Leur histoire, de Dominique Mainard

4 décembre, 2007

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“Anna a six ans. Elle n’a jamais parlé. Une crainte étrange court tel un fil dans sa famille depuis trois générations, la crainte que les mots ne soient “des traîtres, des voleurs”, une menace insidieuse capable de vous ôter le vie et l’amour des êtres qui vous sont chers.

Nadèjda, sa mère – la narratrice – a refusé d’apprendre à lire et à écrire. A l’âge d’Anna, elle a insisté impuissante à la mort de sa grand-mère, provoquée, s’est-elle imaginée, par l’un des mots du conte que la vieille femme lui lisait alors…”

(Extrait de la 4è de couverture)

Un véritable bonheur. Ce livre est un gros coup de coeur, un coup de poing, tant il m’a saisie, émue, émerveillée.

Les mots sont de la dentelle, les phrases sculptées, tout est fragilité et douceur, mais une douceur parfois acide tout de même.

Ce roman est un conte, il touche sans être larmoyant, il est tout en finesse. Le thème (le poids de l’histoire familiale, l’illettrisme, la différence, l’amour d’une mère pour son enfant, leur solitude, l’angoisse maternelle…) est délicat, et l’écriture est délicatesse.

Une chose est sûre: J’ai refermé ce livre toute retournée, heureuse mais bouleversée: Il m’a fait toucher le sublime.

“Puis le temps a passé. J’ai oublié, l’album, les cartes postales, la pliure du papier, l’ongle qui meurtrit le grain de la feuille. J’ai presque oublié Baba la Douce et mon grand-père qui avait réchauffé les poules rousses sous son pardessus contre sa poitrine et qui conduisait sa bicyclette avec une délicatesse infinie, les bras tendus, maniant le guidon du bout des doigts de crainte de faire mal aux poules, c’était cela disait-on qui avait attiré l’attention des hommes en armes, intrigués par façon dont il pédalait sur sa bicyclette, c’était cela, c’était la gentillesse naturelle de mon grand-père.”

 

Leur histoire de Dominique Mainard, 2002 (Prix Fnac, Prix Alain Fournier).

Editions Joëlle Losfeld, 183 pages, 8.50€ (pour l’édition 2006).

Alain Corneau a réalisé une adaptation cinématographique de Leur histoire: Les Mots bleus, sorti en 2005.

Entry Filed under: France et pays francophones, Litt. contemporaine, Livres 5 étoiles *****, MAINARD Dominique. .

6 Comments Add your own

  • 1. Rozenn  |  22 décembre, 2007 at 3:07

    c’est juste un petit bijou !

  • 2. saabye  |  23 décembre, 2007 at 3:38

    Il ne manquerait plus que la petite fille ait le cancer et qu’elle se fasse renverser par une voiture, et que la mère rate une tentative de suicide, intentée parce que son botox avait été mal injecté, et puis, et puis quoi encore. Quand on veut faire dans le dramatique il ne suffit pas de faire porter malheur sur malheur à ses personnages. Le principal défaut de cet ouvrage qui n’a rien de mythique, est une méconnaissance presque méprisante du drame humain de Monsieur et Madame-tout-le-monde.

  • 3. Lilie  |  26 décembre, 2007 at 9:21

    @ Rozenn: Ravie qu’il t’ait plu!
    @ Saabye: Je suis en total désaccord, mais tous les avis restent les bienvenus, même lorsqu’ils sont un brin cyniques.. “Il ne manquerait plus que la petite fille ait le cancer et qu’elle se fasse renverser par une voiture, et que la mère rate une tentative de suicide, intentée parce que son botox avait été mal injecté, et puis, et puis quoi encore.” Le point fort de ce roman, c’est justement qu’il ne verse pas dans le pathos. J’ai aimé ce roman, alors que je suis pourtant très hermétique aux histoires dramatiques..

  • 4. saabye  |  27 décembre, 2007 at 1:01

    @ Lilie: C’est bien pour toi que tu aies aimé. Pour moi, il y a ce ton faux qui traverse le roman, tout comme dans d’autres romans de l’auteure, que je n’ai pas réussi à finir. C’est comme un manque d’humilité face à la souffrance humaine et cela est juste inacceptable. L’auteure est par contre meilleure dans les romans qui mettent en scène des animaux (des chats notamment). Peut-être devrait-elle se cantonner à ce domaine-là.

  • 5. Lilie  |  27 décembre, 2007 at 1:07

    @ Saabye: Ton avis si tranché me pose un cas de conscience.. J’ai justement un autre roman de l’auteure dans ma bibilothèque, Le ciel des chevaux, je crois que je vais le lire plus vite que prévu pour confirmer – ou infirmer – mon opinion sur D. Mainard.
    Merci de ton passage en tout cas :)

  • 6. sybilline  |  26 juillet, 2008 at 12:23

    A mon avis, ce roman bouleversant et tellement vrai dans les souffrances morales et psycholoiques qu’ont subies ces générations de femmes est le livre le plus émouvant et le plus réussi de l’auteur, qui, autrement, aborde souvent les thèmes de la folie mais sans fournir les données qui permettraient de l’accueillir en nous

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