L’élégance du hérisson, de Muriel Barbery

22 novembre, 2007

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 J’ai l’ai lu, ce fameux roman, dont j’avais entendu tant d’éloges.

Eh bien cette fois, mon impression ne suit pas l’avis général. Si c’est une merveille, je crois que je suis passée à côté.

Ou plutôt, je suis parfois passée à côté.

Ce livre m’a parfois emballée, parfois profondément agacée, et ce tout du long de sa lecture. J’étais en permanence en dents de scie. D’un chapitre à l’autre, mes sentiments passaient du tout au tout, mais, même dans les moments d’agacement, je n’ai jamais pu le lâcher.

Après sa lecture, je suis retournée faire la visite des blogs, et, quasi seul au milieu des avis élogieux, j’ai trouvé celui d’In Cold Blog. Je me suis beaucoup retrouvée dans son impression, même si la mienne n’est pas aussi dure. Et comme il en parle beaucoup mieux que moi, je vous invite à lire son billet.

L’élégance du Hérisson, c’est avant tout l’histoire de Renée, concierge dans un bel immeuble très bourgeois, veuve, solitaire. Face au monde des riches, elle cultive l’image stéréotypée liée à sa classe sociale :

« Comme je suis rarement aimable, quoique toujours polie, on ne m’aime pas mais on me tolère parce que je correspond si bien à ce que la croyance sociale a aggloméré en paradigme de la concierge d’immeuble que je suis en un des multiples rouages qui font tourner la grande illusion universelle selon laquelle la vie a un sens qui peut être aisément déchiffré. Et puisqu’il est écrit quelque part que les concierges sont vielles, laides et revêches, il est aussi gravé en lettres de feu au fronton du même firmament imbécile que lesdites concierges ont des gros chats velléitaires qui somnolent tout le jour sur des coussins recouverts de taies au crochet.

A semblable chapitre, il est dit que les concierges regardent interminablement la télévision pendant que leurs gros chats sommeillent et que le vestibule de l’immeuble doit sentir le pot-au-feu, la soupe aux choux ou le cassoulet des familles. »

Cachée dans son antre, Renée s’adonne secrètement à ses passions : la littérature, ou encore le cinéma. Pas question que les autres – les riches – comprennent qu’elle est autre chose que la concierge imbécile dont elle s’acharne à véhiculer l’image :

« Plus ardue fut la question de la télévision. Du temps de mon défunt mari, je m’y fis toutefois, parce que la constance qu’il mettait à la regarder m’en épargnait la corvée. Dans le vestibule de l’immeuble parvenaient des bruits de la chose et cela suffisait à pérenniser le jeu des hiérarchies sociales dont, Lucien trépassé, je dus me creuser la tête pour maintenir l’apparence. Vivant, il me déchargeait de l’inique obligation ; mort, il me privait de son inculture, indispensable rempart contre la suspicion des autres. »

C’est donc cela, la petite vie de Renée : Une effroyable angoisse à se faire démasquer. Quoi, une concierge cultivée ? Il est hors de question de bousculer les croyances ancestrales. Renée s’évertue à cacher sa véritable identité. Et, même une fois veuve, elle trouve la solution :

« Un carillon relié à un mécanisme infrarouge m’avertit désormais des passages dans le hall, rendant inutile tout bouton requerrant que les passants y sonnent pour que je puisse connaître leur présence, bien que je sois fort éloignée d’eux. Car en ces occasions, je me tiens dans la pièce du fond, celle où je passe le plus clair de mes heures de loisir et où, protégée des bruits et des odeurs que ma condition m’impose, je peux vivre selon mon cœur sans être privée des informations vitales à toute sentinelle : qui entre, qui sort, avec qui et à quelle heure.

Ainsi, les résidents traversant le hall entendaient les sons étouffés par quoi on reconnaît qu’une télévision est en marche et, en manque plus qu’en veine d’imagination, formaient l’image de la concierge vautrée devant le récepteur. Moi, calfeutrée dans mon antre, je n’entendais rien mais savait que quelqu’un passait. »

Cette petite Renée m’a émue par sa solitude. Mais elle m’a aussi énervée : A quoi bon s’évertuer à faire perdurer un aussi gros cliché ? Les chapitres se succèdent, et je la lis bornée, mais aussi terriblement prétentieuse. Tantôt elle décrit l’imbécillité des résidants, tantôt elle se lance dans une réflexion plus ou moins philosophique sur le camélia.

En parallèle de la vie de cette concierge, on suit celle de Paloma, 12 ans, résidente de l’immeuble, jeune fille surdouée au regard acerbe contre ses semblables. Elle aussi m’a, plus encore que Renée, agacée à de nombreuses reprises. Elle aussi s’acharne à cacher ce qu’elle est : « Il se trouve que je suis très intelligente. Exceptionnellement intelligente, même. […] Comme je n’ai pas trop envie qu’on me remarque et que dans une famille où l’intelligence est une valeur suprême, une enfant surdouée n’aurait jamais la paix, je tente, au collège, de réduire mes performances mais même avec ça, je suis toujours la première. »

Intelligente, elle l’est, certes, il est même parfois frappant de voir le langage utilisé par cette toute jeune fille. Moralisatrice et prétentieuse, elle l’est encore plus. Et sa haute estime d’elle-même ne la pousse pas toujours à réfléchir de manière intelligente: « Depuis très longtemps, je sais que la destination finale, c’est le bocal à poissons, la vacuité et l’ineptie de l’existence adulte. […] C’est pour ça que j’ai pris ma décision : à la fin de cette année scolaire, le jour de mes treize ans, je me suiciderai. » J’irai même loin, Paloma, comme Renée d’ailleurs, tombe dans les travers de ceux qu’elle méprise.

Si ce roman est bourré de clichés, mais il est aussi parfois merveilleusement écrit et, il faut le dire, assez élégant (eh oui) et poétique. Muriel Barbery maîtrise la langue à la perfection, son seul écueil serait peut-être une recherche souvent trop poussée dans le détail des mots, des tournures de phrases. Ce qui laisse une impression de trop, de prétention (ici encore) de la part de l’auteur. De rancœur et de mépris, parfois.

Par ailleurs, j’ai jugé la fin du roman – pour ceux qui l’ont lu - assez prévisible, et injustifiée car inutile.

Mais, au moins, ce roman a la qualité de ne pas laisser indifférent, et, encore une fois, malgré tous les défauts que j’ai pu y trouver, inexplicablement, je ne jamais pu résoudre à l’abandonner. Et cela, pour moi, reste un mystère.

 

Allez, trois étoiles.

Lire l’avis (emballé) de Bernard, du Blog des livres, et celui (élogieux) de Anno-So, de la Conjuration des livres.

Lire aussi bien sûr celui (beaucoup plus réservé) d’In Cold Blog.

 

Entry Filed under: BARBERY Muriel, France et pays francophones, Litt. contemporaine, Livres 3 étoiles ***. .

6 Comments Add your own

  • 1. fb  |  22 novembre, 2007 at 7:53

    L’élégance du hérisson a obtenu un tel succès que l’ auteur, peu prolixe s’est offert une année sabbatique et voyage.

    Espérons qu’elle nous rapporter un roman aussi délicieux que l’Elégance… mais en attendant on peut toujours se délecter de son premier ouvrage, Une gourmandise, qui réjouit autant le lecteur que ses papilles.

    Note publiée également sur http://lesbouquinsdemaman.free.fr

  • 2. InColdBlog  |  23 novembre, 2007 at 4:00

    Trois sur cinq, c’est pas si mal, c’est plus que la moyenne finalement ;o)
    Merci pour le lien.

  • 3. Lilie  |  23 novembre, 2007 at 5:23

    @ InColdBlog: Eh bien oui, trois sur cinq malgré tout, parce que, même si j’ai du mal à me l’expliquer, je n’aurais pas pu le lâcher ce livre!

  • 4. anjelica  |  27 novembre, 2007 at 10:11

    je ne l’ai pas encore lu alors qu’il est dans ma PAL car j’attend un peu que la frénésie se tasse ! Ma fille et mon homme l’ont lu et ils ont aimé :)

  • 5. praline  |  10 décembre, 2007 at 12:48

    Il est aussi sur ma PAL. Ma soeur l’a abandonné en route mais ce n’est pas forcément significatif. Je trouverai bien un petit moment pour le lire.

  • 6. freude  |  18 décembre, 2007 at 5:07

    Moi la fin m’a surprise, je sentais plus un bouquin à l’américaine avec Happy End.

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