Le 18, de Ludovic Roubaudi

1 novembre, 2007

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Vous l’aurez deviné à sa couverture, dans ce roman Ludovic Roubaudi nous plonge dans l’univers particulier d’une caserne de pompiers. Un petit microcosme réglementé, avec ses codes, mais aussi ses personnages hauts en couleurs qui sortent de leur cocon monotone et sécurisant aussitôt l’alarme hurlant.

 

J’avais été enchantée de son roman Les chiens écrasés, c’est donc avec curiosité – et exigence – que je me suis plongée dans celui-ci.

 

L’un des secrets de Roubaudi, c’est le rythme. Ici, chacun des 24 petits chapitres constitue une petite saynète, maintenus par un fil conducteur, tenant le lecteur en haleine. Mais surtout, on apprécie l’humour, le style vif, le parler franc, les personnages de caractère. Et puis, ça sent le vécu, toutes ces petites anecdotes, parfois tragi-comiques, parfois glauques… Normal, Ludovic Roubaudi, avant d’être cet écrivain prometteur et si atypique, a été… pompier bien sûr (et coursier, homme à tout faire, camelot, journaliste…) Je recommande, surtout si vous avez envie d’être plongé dans un drôle d’univers!

 

Extraits :

 

Lorsque nous sommes arrivés au troisième étage, un jeune couple se disputait. Elle en robe de chambre mauve, les cheveux ébouriffés de sommeil dans l’embrasure de sa porte ; lui sur le palier en pantalon et pull beiges avec chaussures de daim. Elle l’insultait tandis qu’il l’injuriait. Nous bien sûr on imagine tout de suite une querelle d’amoureux. On pense déjà à se taire, à ne surtout prendre parti ni pour l’un ni pour l’autre et ne faire qu’une seule chose : les empêcher de se mettre des beignes. Mais rapidement on se rend compte qu’il n’en est rien. Qu’ils sont juste voisins. Il habite l’appartement du dessus.

 

La femme furieuse l’invective :

 

- Il faut être malade pour aimer ces bêtes-là… totalement dégénéré… de toute façon les hommes qui aiment les serpents ont des problèmes avec leur pénis ! C’est connu ! C’est dans Freud.

 

- Parce que vous pensez vraiment que les chiens c’est mieux !? Vous savez ce qu’on dit des bonnes femmes à clébards ? Hein ? Vous le savez ?

 

- Mais je m’en fiche, mon pauvre garçon, je m’en fiche comme de colin-tampon ! Un chien c’est un animal domestique normal… un animal qui ne se promène pas dans les canalisations…

 

- Les femmes à clébards sont mal baisées… voire pas baisées du tout… et elles prennent des chiens mâles pour compenser.

 

Nous avions beau être des professionnels et parfaitement maîtriser ce genre de situation, nous n’avons pas pu empêcher la femme de flanquer une claque sonore au type. Il l’avait un peu cherché quand même.

 

[…]

 

Allez, hop, un autre pour la route!

 

Tout d’un coup une femme s’est approchée de nous et a demandé sur un ton pète-sec à Malavoie:

- Qu’est-ce que vous faites là?

Il y a une règle à la brigade: sur une intervention, mis à part le plus haut gradé, nous n’avons pas le droit de répondre aux questions du public. Si on nous interroge nous n’avons que le droit de dire: “Je ne sais pas. Adressez-vous à…” et désigner le responsable. Cette règle est là pour éviter la panique. Imaginez un la Gentiane répondre à l’interrogation d’un péquin. Avec sa connerie il serait capable d’effrayer le chaland pour une simple fuite d’eau.

- Rien, madame.

- Comment ça, rien!? Qu’est-ce que c’est que cette réponse à la noix? Si vous êtes là plutôt que dans votre caserne c’est qu’il se passe quelque chose et j’exige de savoir ce que c’est.

- Je ne peux rien vous dire, madame. Voyez cela avec la capitaine.

- Non mais dites donc, ne me prenez pas pour une imbécile. C’est avec mes impôts que vous êtes payés, alors répondez à ma question.

- Madame, je viens de vous dire…

- Ah ça mais c’est trop fort. Non mais regardez-les! Ils sont là vautrés sur leur banquette à se foutre de moi. Mais ça ne va pas se passer comme ça. Donnez-moi votre nom, mon petit père. Je vais m’occuper de vous. Je n’aime pas qu’on m’insulte.

[...]

J’ai voulu intervenir mais mal m’en a pris.

- Vous, le sous-fifre, je ne vous ai rien demandé. Cet individu est bien votre supérieur?

Du doigt elle montrait sa barrette rouge de première classe.

- C’est bien votre supérieur?

- Ben…

- Ben, ben, ben! Quand on ne sait que bêler on évite de se mêler de la conversation des grandes personnes. Retournez à votre digestion… quant à vous, mon drôle, je vais parler de vous en haut lieu.

[...]

 

Le 18 est disponible chez Folio au prix de 4.50€.

Entry Filed under: France et pays francophones, Litt. contemporaine, Livres 4 étoiles ****, ROUBAUDI Ludovic. .

4 Comments Add your own

  • 1. toinette80  |  15 janvier, 2008 at 3:49

    Superbe ce livre, je l’ai découvert grâce à Gérard Collard (le journal de la santé sur France 5 tous les vendredis vers 14h15), je l’ai même offert à un pompier de Paris. C’eest un livrre qui nous apprend bien la vie en caserne, dommage qu’il ne soit pas plus connu.

  • 2. Lilie  |  17 janvier, 2008 at 3:24

    @Toinette80: Effectivement ce livre mériterait d’être mieux connu, si tu l’as aimé je te conseille vivement “Les chiens écrasés” du même auteur, que j’ai, je crois, encore plus dévoré.

  • 3. toinette80  |  11 février, 2008 at 2:38

    Merci du conseil peux tu me dire l’éditeur.

  • 4. Lilie  |  12 février, 2008 at 10:50

    @ Toinette80 = éditions Le Dilettante :)

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